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Arcadie, à la pointe des épices

Arcadie, à la pointe des épices

Le soleil resplendit à Méjannes-lès-Alès. Le bâtiment de l’entreprise Arcadie, tel un pachyderme paresseux, étend ses membres au soleil. La terre est encore détrempée par les dernières pluies, et seul un engin de manutention vrombit près des hangars en ce début d’après-midi. Sous cet ensemble industriel bioclimatique se cache un véritable grenier aux épices, dans lequel une soixantaine de personnes s’activent. Venus du monde entier, plus de 230 plantes médicinales, épices, arômes et légumes déshydratés sont réceptionnés, broyés, mélangés et mis en sachet.

Le retour à la terre

Tout a commencé pourtant a minima avec un couple, Bernard et Dominique Kimmel, qui troquent leur vie d’avant contre un bout de terre pour suivre leur « passion de la botanique », explique Dominique. Traction animale, entraide entre néoruraux fraîchement installés, classe unique pour les enfants au village… Le couple découvre les joies de la vie agricole, avec ses exigences, son âpreté et ses plaisirs. L’engagement se poursuit avec une spécialisation en plantes médicinales biologiques, puis la création de la Coopérative agricole des plantes médicinales et aromatiques des Pyrénées au milieu des années quatre-vingt. En 1990, l’aventure s’enrichit des épices, et Arcadie voit le jour. Le nom de l’entreprise est inspiré de cette région du Péloponnèse grec, où les bergers vivent en harmonie avec la nature, et qui est réputée comme le pays du bonheur dans la poésie latine et hellénique.

Certifié Écocert et Solidaire en France

Aujourd’hui, l’entreprise est certifiée Entreprise responsable, équitable et solidaire (Écocert) pour une cinquantaine de produits, et Solidaire en France pour ses plantes à tisane. À l’époque où l’on pratique « des fumigations dans les containers » pour éliminer les nuisibles des épices, la tâche est ardue pour mettre au point un réseau bio de petits producteurs. « Nous effectuons des contrôles qualité sur plus de 350 à 400 molécules alors que la plupart ne le pratiquent que sur 160 molécules », affirme Dominique Kimmel.

« Des contrôles semblables à ceux d’Écocert, voire plus approfondis, sont effectués sur place, à Madagascar, en Inde, à Ceylan… Et on analyse tous les lots ». Pendant quelques années, avec le progrès dans la finesse des analyses, tout le cumin montrait des traces de pesticides. « Nous avons ôté le cumin de notre catalogue jusqu’à ce que l’on puisse de nouveau présenter un cumin bio », raconte la dirigeante. « Notre métier, notre savoir-faire, notre passion, issus de notre connaissance personnelle de la culture, est de trouver des gens qui produisent le mieux possible, en France, en Europe ou au bout du monde. Nous établissons avec eux des liens durables, en développant des filières équitables et solidaires, voire en les créant si besoin », résume de son côté Bernard Kimmel, président du directoire.

Les anecdotes sont parlantes. À Madagascar, véritable paradis aux épices, les employés pratiquent la récupération et le recyclage, et rincent le curcuma dans la rivière avec des moustiquaires fournies par les ONG, imbibées de perméthrine, un pesticide anti-moustique… La formation et l’accompagnement seront donc déterminants pour monter des filières avec des producteurs, fidèles depuis plus de quinze ans. Chaque parcelle est identifiée. Dans le modèle d’Arcadie, on est à mille lieues des achats massifs des multinationales, qui débactérisent leurs stocks par ionisation, c’est-à-dire par irradiation des aliments, leur faisant perdre ainsi une partie de leur valeur nutritive.

Salariés chouchoutés

Dans l’usine méjannaise, les blouses blanches déambulent, parfois marquées d’une touche de curcuma reçue par inadvertance : la poudre d’épice est très volatile. Au détour d’une salle, dans un espace isolé des machines, des employés chouchoutent les champignons : bolets, cèpes, chanterelles, morilles, trompettes de la mort, champignons de Paris et shiitakés y sont triés à la main.

Dans une mécanique bien huilée, l’usine produit ses petits contenants par milliers. Le chiffre d’affaires a atteint 9,5 millions en 2014 et l’entreprise a ouvert son capital aux salariés, qui détiennent 59 % des parts. Les responsables disent d’ailleurs crouler sous les demandes de postulants, envieux des conditions de travail. Car ici, la politique interne encourage le goût de travailler ensemble, une micro-crèche facilite la vie des parents et de leurs tout-petits et la différence entre le salaire le plus bas et le plus haut n’excède pas un facteur de deux… Il fait bon travailler en Arcadie !

Le défi de l’entreprise pour les années à venir ? Le retour aux sources, avec la création d’un réseau local de producteurs et de cueilleurs. Arcadie a récemment créé une ferme expérimentale afin de développer une filière locale de plantes méditerranéennes, et, dans l’Aude, un projet de production de fenouil, anis, coriandre… Mais les saveurs du monde continueront à chatouiller nos papilles. 

 

(Photos ©Émilie de Welle et Maxcasa.net. Photo d'ouverture : Réception du romarin).



Renouveau

 Une ferme expérimentale pour les
beaux jours du thym bio français

 Star des herbes aromatiques, le très demandé thym bio n’est pas assez cultivé en France. « Actuellement, il vient surtout d’Espagne, du Maghreb et en partie de la Turquie », précise Dominique Kimmel, gérante d’Arcadie. La garrigue cévenole, pourtant riche en thyms et romarins parmi les meilleurs du monde, ne possède pas assez d’exploitants bio. Sous l’impulsion d’Arcadie, une ferme expérimentale de 15 hectares s’est installée à Saint-Etienne-de-l’Olm (Gard), avec deux agriculteurs, consolidée par un réseau de producteurs locaux tentés par l’aventure. L’entreprise, qui a investi 150 000 € en machines spécialisées et achète le stock des producteurs de thym locaux, espère insuffler de nouvelles vocations.

 

En savoir plus : Arcadie SA, 484 avenue Émile Antoine, 30 340 Méjannes-lès-Alès. Infos : www.arcadie.fr

 

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