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Le bonheur se répand de la même manière qu’un virus

Le bonheur se répand de la même manière qu’un virus

Ilios KotsouPourquoi le bonheur, malgré l’attrait du public et la multiplication des ouvrages sur ce thème, a-t-il encore mauvaise presse ?

Le sujet véhicule beaucoup de préjugés et d’idées fausses. Tout ce qui tourne autour du bonheur est généralement vu comme mou, mièvre, « béni-oui-oui ». Sous-entendu : si on s’intéresse au bonheur, on n’aura plus les pieds sur terre et cela nous rendra égoïstes. Il faut avouer que le thème a été généreusement mis à profit par le mouvement du développement personnel, avec, certes, des effets positifs, mais cela ne participe pas à donner une image très scientifique du sujet.

Il semble y avoir une dichotomie entre ce que véhiculent les médias, largement centrés sur le négatif, et l’aspiration au bonheur des individus ?

De nombreux médias nourrissent le côté sombre en mettant à la une la violence, les scandales… mais c’est ce qui fait vendre ! Pour autant, les médias renvoient souvent une image déformée de la réalité. Je citerais la controverse relative au traitement médiatique de l’ouragan Katrina, qui a dévasté La Nouvelle-Orléans : nous avons été assaillis d’images montrant des pilleurs. Or, s’il y a bien eu des pillages, on a établi que de nombreuses personnes ont brisé des vitrines pour prendre des couvertures et des objets de première nécessité afin de venir en aide aux autres sinistrés. Lors de catastrophes, on constate qu’il y a finalement davantage d’élans de coopération et d’entraide que de comportements malveillants.

À contrario, vu leur influence, les médias pourraient être mis à profit pour diffuser des informations favorisant l’optimisme et les ressources positives…

Absolument ! En Amérique latine, on a par exemple créé des telenovelas (séries télévisées) mettant en scène des personnages positifs, capables de prendre leur vie en main, de traverser les difficultés et de rebondir. Ainsi, ces séries deviennent-elles des outils de développement social et culturel. Des recherches sont d’ailleurs activement menées sur le sujet.

Bio-Info Le bonheur des uns fait-il le bonheur des autres ?

Les études montrent, en effet, que lorsque le bonheur de quelqu’un augmente, le bonheur des personnes de son entourage augmente aussi ; on est loin de l’idée reçue du bonheur égoïste­ ! Les professeurs Nicholas A. Christakis, du département de sociologie de Harvard, et James Fowler, de l’université de Californie, (spécialistes des réseaux sociaux et de la coopération) se sont ainsi plongés dans les données d’une vaste enquête sur la santé, menée aux États-Unis sur plus de 5 000 personnes, suivies durant vingt ans, initialement dans le but de comprendre les déterminants des maladies cardiovasculaires. En analysant les informations à l’aide de programmes informatiques spécialisés, ces chercheurs ont pu montrer que le bonheur se répandait dans les réseaux sociaux de la même manière qu’un virus.

Ainsi, lorsqu’une personne devient plus heureuse, cet accroissement de bonheur se propage dans son réseau social jusqu’à trois degrés de relation. Le bonheur déclenche une réaction en chaîne : lorsqu’il augmente significativement pour nous, les amis vivant dans un périmètre d’environ 2 kilomètres ont 25 % de chance de devenir plus heureux aussi, les amis de nos amis 10 %, et les amis des amis de nos amis, environ 5,6 %.

Bio-Info Comment peut-on objectiver et mesurer quelque chose d’aussi impalpable que le bonheur ?

Bien qu’il soit éminemment insaisissable, la science dispose d’outils pour mesurer le bonheur. L’électro­encéphalogramme montre, par exemple, que les personnes très heureuses ont, au repos, une activation des hémisphères cérébraux significativement différente de celles qui sont moins heureuses, moins optimistes.

Concrètement, les gens heureux ont la partie gauche du cortex préfrontal plus activée (partie qui nous aide à réguler les émotions). Par de l’entraînement, on peut donc modifier l’activation du cerveau ; c’est tout l’intérêt de ce type de mesure. Autre élément intéressant : pour mesurer le lien entre bonheur et activation du cerveau, on se base sur l’impression subjective de la personne, à qui l’on demande au préalable d’évaluer son niveau de bonheur sur une échelle de 1 à 10 sachant que tout le monde peut croire que cette personne est malheureuse, alors qu’elle se sent heureuse, et vice versa. Or, à l’analyse, il y a bien cohérence entre le ressenti intime de la personne, l’activation de son cerveau et son état de santé. Le lien est donc avéré entre le bonheur subjectif et objectif.

Quel « exercice » pratiquez-vous au quotidien pour activer vos émotions positives et accroître votre niveau de bonheur ?

Je me connecte à l’ici et maintenant, en allant courir, en regardant le ciel, en buvant une tasse de thé, en pratiquant la méditation de la pleine conscience (mindfulness)… Toutes ces choses qui distillent le moment présent.

Êtes-vous un homme heureux ?

Oui, si vous entendez par bonheur le fait de marcher sur un chemin de vie qui a du sens. Je vois le bonheur davantage comme un chemin que comme une destination.

J’ai également des relations sociales épanouies, dont on sait qu’elles participent au bonheur… et une compagne merveilleuse, qui m’apporte beaucoup d’ouverture (vers les autres, l’écologie, le social), alors qu’en tant que chercheur je suis davantage centré sur l’individu. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir, comme tout le monde, des hauts et des bas.

Médias positifs

L’ONG Reporter d’espoirs se donne pour mission depuis sa création en 2003 de promouvoir dans les médias « des informations porteuses de solutions pour donner envie d’agir au plus grand nombre ». Elle récompense ainsi chaque année plusieurs journalistes pour leurs reportages sur des initiatives « porteuses de solutions » à travers le monde. Quelques sujets primés en mars 2012 : l’article de notre consœur Jacqueline de Linarès dans le Nouvel Observateur sur l’entreprise de réinsertion Vitamine T, le sujet « Circuit court, vente directe aux cantines » diffusé le 25 février 2011 au journal télévisé de 20 heures de TF1, « Des canards pour désherber les rizières camarguaises », diffusé également au JT de TF1, ou encore un reportage de juin 2011 (France 2) sur la consommation d’insectes pour lutter contre la faim. Le blog indépendant de la journaliste Claire Aubé, « Voyage dans la France qui ne se résigne pas », a également reçu un prix (www.positivefrance.fr).

Info 
reportersdespoirs.org

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