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Prendre des compléments, ce n'est pas si évident

Prendre des compléments, ce n'est pas si évident

Parcourir le rayon des compléments alimentaires en magasin bio, panier sous le bras, s’émerveiller de tant de choix… et faire son marché. Nous avons beau nous sentir perdus devant l’abondance de produits à notre disposition, les bienfaits qu’ils promettent sont si tentants qu’on repart bien souvent vers la caisse avec un tas de ces alléchants piluliers. Mauvaise habitude ? S’il est bon de se préoccuper de sa santé et des carences que notre vie moderne peut induire, il est difficile, à moins d’avoir suivi une formation sérieuse en naturopathie, de savoir exactement ce que réclame notre corps. Comment être sûr d’avoir choisi un complément adapté, dans la bonne dose, et fabriqué correctement ?

Votre porte-monnaie peut avoir raison...

Obligés de réduire leurs allégations aux simples affirmations de bon sens, les fabricants, de leur côté, ne nous en disent pas beaucoup sur l’action de leurs produits et leurs possibles indications… Une faille encore plus difficile à combler sur internet dont les sites, contrairement aux magasins, ne disposent pas toujours de conseillers suffisamment formés pour orienter le client.

Les compléments étant vendus librement dans le commerce, les risques de nocivité en cas de choix inadapté sont heureusement moindres. « Ce que vous risquez d’abord, c’est de faire de l’à-peu-près, comme si vous regonfliez vos pneus de voiture au pif », pose Patrice Ponzo, naturopathe et directeur de l’Institut français des sciences de l’homme, une école présente à Nice, Paris et Toulouse. En clair, on risque de perdre son argent. « Il y a quarante ans, les naturopathes conseillaient des produits simples : plantes, gelée royale, eau de mer, bicarbonate de soude, prêle… il y avait moins de risques de se tromper. Aujourd’hui, ils ont suivi des formations pointues, lisent les études médicales »… La naturopathie est devenue une médecine vers laquelle on ne se tourne plus seulement pour la prévention. Conséquence : on retrouve aujourd’hui dans les rayons de compléments des produits complexes, mélangés, venus de loin et dosés très différemment.

Gare à la surdose

La surdose est le deuxième écueil pointé par le directeur de l’IFSH. Car, on le sait tous, « c’est la dose qui fait le poison ». « Sans aller jusqu’à s’empoisonner avec une vitamine, on peut tout simplement encrasser ses reins, et, au lieu, d’alléger son organisme, lui demander trop d’efforts et le surcharger », explique aussi Hélène du Pontavice, naturopathe formée à la médecine d’Hildegarde de Bingen. Un risque « plus présent avec les compléments des laboratoires américains. Aux États-Unis, on voit tout plus grand, c’est la même chose avec les produits de santé ! » explique Patrice Ponzo. Dans la lignée de la nutrition orthomoléculaire, les labos US comme Solgar, ou encore Nature’s Plus, ont mis sur le marché des compléments hyperdosés. Une « petite chimie » souvent élaborée par des médecins et plutôt réservée à la prescription médicale. Avec ces produits encore plus qu’avec les autres, mieux vaut avoir été conseillé par un professionnel. Notamment pour éviter les associations malheureuses.

Fer et zinc ne font pas bon ménage

« Certains minéraux ne doivent pas être associés en même temps, avertit le naturopathe Arnaud Lerch, le calcium, par exemple, s’il est pris en grande quantité, peut freiner l’absorption du zinc. » Prendre beaucoup de choses en même temps augmente d’ailleurs ce risque de se retrouver avec deux produits dont les effets s’annulent. « En piochant à droite à gauche, on peut être contre-productif : par exemple, si on prend du zinc pour booster son immunité l’hiver, il faut éviter de se complémenter aussi en fer car ils utilisent les mêmes transporteurs et donc ont tendance à « s’annuler » s’ils sont pris simultanément ». « Le zinc et le cuivre doivent être pris à des moments différents de la journée », précise de son côté Patrice Ponzo.

Inversement, certaines associations sont intéressantes. Le fer et la vitamine C sont l’exemple le plus connu, mais la vitamine B6 augmente l’absorption du magnésium. « Si on ne le sait pas, on aura tendance à se dire que le magnésium ne fait pas d’effet et à augmenter les doses alors qu’il serait plus judicieux de l’associer à la B6 », explique Arnaud Lerch.

Faites une pause

Un autre écueil tient aux durées d’utilisation : il est bon de faire des pauses dans l’usage de certains compléments, sinon leur efficacité diminue car le corps y réagit moins. « C’est typiquement le cas de certaines plantes adaptogènes comme le ginseng ». Autre exemple, l’échinacée, si souvent recommandée pour l’immunité, et devenue commune dans nos pharmacies domestiques… « Elle ne doit pas être prise sur une très longue période, car dans ce cas elle peut au contraire avoir un effet immunosuppresseur. »

Pas d'extrait d'EPP avec les médicaments

Enfin, en cas de traitement médicamenteux, mieux vaut aussi demander conseil à un professionnel. Certains compléments absorbent si bien les résidus médicamenteux qu’ils peuvent amoindrir les effets du traitement. Patrice Ponzo relate cette histoire, connue des naturopathes : « le charbon végétal absorbe efficacement les résidus toxiques, des femmes sous pilule sont tombées enceintes alors qu’elles en prenaient pour leur digestion… » Encore plus courant, Le Figaro médiatisait en 2011 les effets inhibiteurs du pamplemousse avec certaines molécules. Un seul exemple : la nifédipine, prescrite contre l’hypertension. En toute logique, Patrice Ponzo poursuit : « les médicaments antiagrégants ou fluidifiants entrent en interaction également avec l’extrait de pépins de pamplemousse (EPP), qui les inhibe ». 

(Photo : stock_colors/ Istock.)


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