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Le boom de la psychologie positive

Le boom de la psychologie positive

Arrêtez-vous un instant… Êtes-vous heureux ? Grande question, s’il en est, qui est au cœur de notre condition humaine, tendue vers l’épanouissement et la réalisation. Personnellement, trouvez-vous vos plus grands bonheurs dans les petits plaisirs, dans le cocon familial, dans des relations épanouies, dans une indéfectible foi, dans un engagement social, dans une jouissance du moment présent… ?

Si le bonheur est éminemment intime et subjectif (mais pas uniquement, nous le verrons plus loin), il relève avant tout d’une attitude positive face aux événements. Or les récentes découvertes des neurosciences le prouvent, sans nier les difficultés, une attitude optimiste face à la vie est bonne pour la santé, physique et psychique. S’il est possible d’entraîner cette aptitude à voir le verre à moitié plein, cela n’a rien d’une baguette magique. Positiver, c’est prendre son destin en main… mais avec les pieds sur terre. Voici quelques pistes pour passer du rêve à la réalité.

Vers le meilleur de nous-mêmes

Côté définition, la psychologie positive est « l’étude scientifique du fonctionnement humain optimal. Elle vise à découvrir et à promouvoir les facteurs qui permettent aux individus et aux communautés de prospérer », explique Jacques Lecomte, docteur en psychologie et président de l’Association française et francophone de psychologie positive.

Si la psychologie s’est longtemps attachée à la guérison, la psychologie positive va plus loin, sans renier pour autant les connaissances acquises sur la souffrance psychique et les moyens d’y remédier. « Elle considère qu’à côté des multiples problèmes et dysfonctionnements individuels et collectifs s’exprime et se développe toute une vie riche de sens et de potentialités », poursuit Jacques Lecomte. Cette approche permet d’envisager la psychologie non plus seulement comme un outil servant à réparer les distorsions, mais comme une discipline qui promeut le meilleur de l’être humain. Ce faisant, elle met en place une spirale vertueuse : elle éveille chacun d’entre nous à ses ressources intérieures, dès lors elle nous incite à prendre en main notre bien-être… et devient donc un outil de prévention.

CHANGEMENT :  L’OPTIMISME VOLONTARISTE
SELON ALBERT JACQUARD

Qu’est-ce qui différencie l’optimiste du pessimiste ?

Être humain, c’est être conscient que nous sommes capables d’inventer demain. Être optimiste, c’est avoir une attitude constructive par rapport à cet avenir.

Comment rester positif dans le monde actuel ?

Face à la folie du monde, nous avons toutes les raisons d’être pessimistes, mais cela ne servirait à rien. Le point de départ, c’est la lucidité : sur ce qui est et ce que je peux changer, en commençant par moi-même. Il y a une question de volonté, qui dépend de moi. C’est ça l’optimisme volontariste ! Ce que je deviens est une évolution permanente. Pour être optimiste, il faut accepter le jeu du nouveau et courir le risque de se tromper.

L’optimisme est-il contagieux ?

Transmissible, plutôt. La physique a démontré que nous vivons dans un monde interconnecté. Le surhomme existe : je ne sais pas faire, tu ne sais pas faire, mais nous savons faire. En cocréation, reliés par le sens, nous pouvons changer la société et l’orientation de l’humanité. Toutes nos habitudes sur Terre ne peuvent pas avoir pour seul objectif la rentabilité et l’avidité. Initions une révolution fondée sur l’enthousiasme !

Expert en génétique, essayiste et grand humaniste, Albert Jacquard a notamment publié « Le compte à rebours a commencé » (Stock, 2009).

 

Heureuse science !

Dans une société qui a besoin de tangible, ce courant de la psychologie positive, en plein développement depuis une dizaine d’années, vient démontrer par ses recherches ce que les philosophes et les sages nous enseignent depuis l’Antiquité.

À savoir qu’un individu heureux et accompli est un être en chemin, engagé, relié aux autres et qui a développé le sens de sa vie. Comme cette science s’intéresse aux conditions qui permettent de vivre ce qu’Aristote appelait le bien souverain, elle est souvent étiquetée « psychologie du bonheur », même si elle ne se réduit pas à ça. « Affirmer que dire merci nous fait du bien ne suffit pas, maintenant cela a été confirmé scientifiquement », souligne Jacques Lecomte.

Au-delà de l’aspect recherche, c’est un outil d’action : « La psychologie positive, poursuit-il, n’est pas la méthode Coué, elle est très active, puisqu’elle met en avant la prise de conscience et la responsabilisation de l’individu. » Donc l’engagement : personnel, relationnel, social ou encore environnemental. Engagement dont on sait à présent qu’il participe au bonheur ; la boucle est bouclée ! La psychologie positive est donc particulièrement d’actualité face aux défis de notre époque.

Le bonheur est dans le pré… dans nos villes, dans nos communautés…

Aujourd’hui, sous l’impulsion de chercheurs tels Martin Seligman, Barbara Fredrickson, Sonja Lyubomirsky ou Daniel Gilbert, de très nombreuses recherches scientifiques explorent ce qu’est le bonheur, comment le mesurer, ce qui rend les individus heureux et leur permet de mieux vivre en société, de construire des organisations résilientes, de régler les conflits de manière plus créative ou encore de gérer leur environnement de manière plus durable.

Ainsi Éric Lambin, professeur à l’UCL et à l’université de Stanford (chaire Ishiyama d’études interdisciplinaires de l’environnement), auteur d’« Une écologie du bonheur », nous invite-t-il à réinventer de nouvelles formes de connexion avec la nature pour favoriser notre épanouissement… et celui de la planète ! « Soyons clairs, dit-il, je ne suis pas pour un retour radical à la nature, je propose plutôt d’aller de l’avant. Puisque la moitié de l’humanité vit en zone urbaine, gardons les acquis et bénéfices de la société moderne urbaine, comme l’éducation, mais réintroduisons le “vert” dans la ville : jardins sur le toit, murs végétaux, potagers collectifs, ruches urbaines… Même une simple plante verte, on l’a démontré, produit un effet positif sur le bien-être et la santé de l’individu. » Tout son livre, en écho avec les principes de la psychologie positive, est un appel à passer de la posture de victimes passives (« La planète est foutue, à quoi bon agir ? ») à celle d’acteurs engagés. Il nous apprend qu’il n’y a pas de petits gestes en la matière : jardiner, trier ses déchets, manger moins de viande… « D’autant, souligne-t-il, que cet engagement proactif nous incite à entraîner dans notre sillage nos proches, développant notre sentiment d’appartenance et nourrissant notre quête de sens… des aspects qui ont également un effet positif sur l’équilibre et le bonheur ! »

La santé au positif

La psycho-neuro-immunologie démontre aujourd’hui que les émotions positives prennent soin de nous. « De plus en plus de thérapeutes en sont convaincus : une attitude optimiste face à la vie est le médicament le plus puissant et le moins coûteux. En soi, les événements sont neutres. C’est nous qui leur attribuons un sens et, quoi qu’on en pense, nous avons toujours le choix entre l’idée d’un verre à moitié plein et celle d’un verre à moitié vide. Notre interprétation de la réalité influence ce que nous ressentons. Et ce que nous ressentons conditionne notre réalité », explique le psychothérapeute Thierry Janssen.

Au niveau organique, les émotions négatives relèvent du cerveau droit et du système archaïque de survie remontant à nos plus lointains ancêtres, évoluant en milieu hostile. Elles activent le système sympathique produisant l’adrénaline, responsable du stress. Alors que les émotions positives stimulent le cortex préfrontal gauche. Soit le cerveau qui nous permet de rationaliser les choses et de nous adapter aux événements, tout en déclenchant une cascade de réactions corporelles : activation du système nerveux parasympathique (système du relâchement, donc du calme), stimulation du système immunitaire et des mécanismes réparateurs du corps. Cultiver les émotions positives est donc bon pour le moral et la santé.

Mais aussi, plus spécifiquement, pour le cœur. Karina Davidson, de l’université Columbia, a ainsi mené une étude au Canada portant sur l’impact des traits de personnalité positifs (tendance à être heureux, contentement, enthousiasme) sur le risque de maladies cardiaques (source : European Heart Journal). Les résultats montrent que les personnes les plus heureuses étaient 22 % moins susceptibles d’avoir développé une maladie cardiaque sur les dix ans que couvrait l’étude que celles qui se situaient au milieu d’une échelle d’émotions positives et négatives. L’effet protecteur demeurait même lorsque les personnes naturellement heureuses présentaient des symptômes de dépression passagère.

À MÉDITER

Écrire un journal de gratitude
Remercier autrui nous rend objectivement heureux. Partant de là, les chercheurs suggèrent de lister jusqu’à cinq choses qui se sont produites, pour lesquelles on éprouve de la gratitude. Cette pratique, qui peut être régulière, augmente le bien-être physique et psychique. Elle aiguise la réceptivité au positif et contribue à l’optimisme.

Pratiquer la méditation de la gentillesse
Des chercheurs ont démontré sur des moines en méditation une amélioration de leur immunité et de leur forme psychique, mais aussi de leurs performances (pour résoudre un problème). Pratiquer plus spécifiquement la Kindness Meditation – méditer en envoyant le maximum de pensées positives à ses proches, puis à un réseau plus large, enfin au monde – a un effet avéré sur le bien-être et le sens de la vie.

Rédiger sa biographie positive
Il s’agit d’écrire son « anti-journal » en positivant les passages difficiles (échecs, deuils, ruptures, licenciements, maladies…) : qu’ont-ils apporté a posteriori, qu’ont-ils mis en lumière (soutien de proches, aide inattendue, force intérieure…), qu’ont-ils changé, qu’ont-ils ouvert comme portes ?

Ne plus oublier de sourire
Voilà longtemps que l’on sait que le sourire est un facilitateur de bien-être ; l’effet est immédiat, mais persistant. Plusieurs fois dans la journée (dans les transports, en travaillant, dans la rue…), laissez éclore un léger sourire. Et observez ce que cela donne…

S’indigner positivement
Dans cette époque de chaos, l’indignation est en vogue ! Pour avoir un impact positif – sur nous-mêmes et sur le monde – il est nécessaire qu’elle aille de pair avec l’engagement, concret et constructif. En Belgique, les Motivés ont remplacé les Indignés. Ils ont organisé en 2011 un sommet citoyen pour tenter de trouver des solutions à la crise…

À lire : « Petit manifeste du rebelle engagé : de l’indignation positive », de Fabien Rodhain. Éd. Jouvence.

 

Nos secrets du bonheur

Bonne nouvelle : de nombreuses recherches indiquent que des exercices simples peuvent nous permettre de développer certains vécus émotionnels positifs, de nature à améliorer considérablement notre qualité de vie*. Quelles sont-elles, alors, ces émotions positives qu’il serait bon de cultiver ? Épinglons l’émerveillement (capacité à être présent et surpris par les petites choses du quotidien), le contentement (apprécier ce que l’on a), la gratitude (qui crée de la connexion, en sachant que le lien aux autres est un facteur déterminant de bonheur)… Cela nous renvoie au bonheur authentique, un des concepts clés de la psychologie positive.

Introduit en 2002 par le psychologue américain Martin Seligman, ce bonheur durable repose sur trois piliers : la capacité à éprouver du plaisir (essentiel afin de ressentir la motivation nécessaire pour se lever chaque matin et effectuer des tâches vitales telles que travailler, se nourrir, se reproduire) ; la capacité à s’engager pleinement dans l’action (pour connaître ce que l’on appelle une expérience optimale de flux, où l’on est concentré à 100 % dans ce que l’on fait) ; la capacité à donner du sens à sa vie (pour se rassurer dans le chaos de l’existence). « Ce bonheur-là est accompagné du sentiment de vivre une vie qui vaut la peine d’être vécue. Je dirais même : une vie qui vaut la joie d’être expérimentée », précise Thierry Janssen.

Dans « Le défi positif » (voir encadré), il met en parallèle le bonheur authentique de la psychologie positive et l’épanouissement vertueux des philosophes de la Grèce antique, appelant à vivre une bonne vie. « Soit une existence vécue selon les principes de l’eudaimonia. L’eudémonisme encourage à mener une existence pleine de sens, au service du meilleur de soi-même. Ainsi, pour Platon ou Aristote, le plaisir n’était qu’une conséquence du bonheur, une cerise sur le gâteau des vertus (modération, humilité, gentillesse, courage, intégrité, discernement…) que nous pouvons cultiver au quotidien. Or ce qui est vertueux est à la fois bénéfique pour l’individu et la société. » 

De nombreuses études montrent en effet que les émotions positives favorisent le changement social, car elles encouragent l’engagement, responsabilisent les citoyens, renforcent la cohésion sociale. Et contrairement aux biens matériels, les émotions positives sont des ressources inépuisables qui augmentent quand on les partage !

Un engagement actif

Même s’il est sain de passer à la moulinette nos idées noires, la psychologie positive ne consiste pas pour autant à percevoir le monde au travers de lunettes roses, ni à instaurer un devoir de bonheur. L’écueil serait de glisser vers la pensée magique. Selon certains courants de développement personnel en vogue actuellement, il suffirait en effet de vouloir pour pouvoir et recevoir…

Or, bien que la pensée soit dans une certaine mesure créatrice de réalité, développer une tendance à positiver les choses exige une attitude active. « L’optimisme n’est pas une aptitude congénitale au bonheur qui nous affranchirait des problèmes et chagrins de notre vie. Non, c’est un combat ! L’optimisme relève d’une décision consciente qui requiert apprentissage, travail sur soi et discipline », proclame Luc Simonet, fondateur et président de La Ligue des optimistes qui nous invite à une révolution culturelle positive. Bien perçue et utilement mise à profit, la psychologie positive exalte nos forces intérieures ; ce qui est vivant en nous et nous permet de traverser les difficultés de l’existence.

Ni simpliste, ni béni-oui-oui

Voilà également un raccourci souvent associé à la psychologie positive ! 

Rappelons que cette discipline est la traduction scientifique de la psychologie humaniste (Carl Rogers, Abraham Maslow…), elle-même issue de la pensée existentialiste qui s’est développée en réaction aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Activer avec justesse notre potentiel lumineux exige d’avoir traversé nos ombres. « Il serait dangereux de nier les forces obscures de l’être humain. Tout comme il serait néfaste de ne pas considérer le potentiel extrêmement positif qui réside en chacun de nous. Le défi est de manifester ce potentiel à travers nos actions. Cela demande beaucoup d’optimisme et de réalisme. Nous pouvons alors exercer notre pleine responsabilité et actualiser notre potentiel vertueux pour contrebalancer notre part de négativité », explique Thierry Janssen.

Si la psychologie positive vient proposer une spirale de prise de conscience ascendante, le bonheur n’est peut-être qu’une étape sur le chemin de la réalisation. « Je crois que ce que nous recherchons vraiment, c’est la paix intérieure, chevillée à notre être et indépendante des circonstances extérieures », fait remarquer Thomas d’Ansembourg, auteur notamment du best-seller « Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable ». Être un avec ce qui est… Et accepter « les saisons du cœur, comme celles qui passent sur les champs », ainsi que nous y invite l’écrivain Rainer Maria Rilke. Vivre pleinement, consciemment, ce que nous avons à vivre… peut-être est-ce là le secret du (vrai) bonheur ? 

 

À LIRE

• «Psychologie positive: le bonheur dans tous ses états», coordination Ilios Kotsou et Caroline Lesire, avec la participation de Christophe André, Thomas d’Ansembourg, Isabelle Filliozat, Éric Lambin, Jacques Lecomte, Matthieu Ricard. Éd. Jouvence, 2011. (Les droits d’auteur de cet ouvrage sont reversés à des projets humanitaires.)

• «Le défi positif», 
de Thierry Janssen.
Éd.
 Les Liens qui libèrent, 2011.

• «Introduction à la psychologie positive», sous la direction de J. Lecomte. Éd. Dunod, 2009.

• «La psychologie positive ou l’étude scientifique du meilleur de nous-mêmes», de R. Gaucher. Éd. L’Harmattan, 2010.

• «La force de l’optimisme», de M. Seligman. Interéditions, 2008.

• «Vivre, la psychologie du bonheur», de M. Csikszentmihalyi. Éd. Robert Laffont, 2008.

• «Petit éloge de la joie», de Mathieu Terence.
Éd. Folio, 2011.

• «Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable», de Thomas d’Ansembourg.
Éd. de L’Homme, 2004. 

 


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