Faut-il réveiller bébé pour allaiter ?

PUBLIÉ LE 10 février 2015
 

ALLAITEMENT. Pour bébé, dormir est aussi indispensable que manger. Ainsi, dans la plupart des cas, mieux vaut attendre qu’il se réveille pour le nourrir. Et surtout ne pas le réveiller.

Bébé dort énormément au cours des tout premiers mois de sa vie. Des enquêtes épidémiologiques ont montré qu’un nouveau-né dort entre 16 et 17 heures par jour. Certains, pour les plus gros dormeurs, auront même besoin de près de vingt heures de sommeil quotidien ! Puis, à six mois, on estime que quinze heures de repos seront nécessaires. Des heures indispensables qui vont permettre à l’enfant de récupérer, mais aussi de développer son cerveau et de sécréter les hormones indispensables à sa croissance.

Durant les premières semaines qui suivent sa naissance, le nourrisson ne fait pas de différence entre le jour et la nuit. Il dort selon ses besoins et se réveille spontanément, environ toutes les deux à quatre heures selon qu’il est allaité ou pas, à n’importe quelle heure – le sommeil agité représente 50 à 60 % du sommeil total à la naissance –, mais rarement aux heures qui conviennent à ses parents… C’est seulement à l’âge de trois ou quatre mois que son rythme de veille et de sommeil va commencer à se régler sur l’alternance du jour et de la nuit. Ainsi, le temps de sommeil diurne va progressivement se réduire, passant de trois à quatre siestes vers six mois à deux vers douze mois.

Distinguer le jour de la nuit

Alors, pendant ces premiers mois, et surtout ces premières semaines de vie un peu anarchique, faut-il réveiller bébé pour le nourrir ? « S’il est en bonne santé et si son poids est suffisant, je ne vois pas l’utilité de le réveiller à heures fixes », affirme la psychologue et spécialiste des troubles de la petite enfance Diane Drory. Lorsque le nourrisson est en phase de récupération, il est plus important de le laisser se reposer que de l’obliger à manger, car digérer, c’est un travail fatigant. Quand il mange, bébé ne se sustente pas que de lait. Il se nourrit aussi du visage de sa mère ou des personnes qui l’entourent, des sourires, de l’ambiance, du langage, des sons… Une série d’interactions se mettent ainsi en place, ce qui demande beaucoup d’énergie. Une tétée peut être plus fatigante qu’une autre et du coup, l’enfant peut avoir besoin de se reposer davantage et d’attendre plus longtemps avant le repas suivant.

Un bébé peut dormir quatre à cinq heures sans que l’on doive stresser pour autant. Pendant la nuit, il est important de ne pas le réveiller afin de l’aider à faire la distinction entre le jour et la nuit, de sorte que, petit à petit, ses nuits soient de plus en plus longues, de plus en plus reposantes, ce qui est tout bénéfice pour l’ensemble de la famille.

Habituellement, c’est vers un mois que l’enfant commence à faire la différence entre les cycles diurnes et nocturnes, et son sommeil se calque peu à peu sur ce rythme biologique. Il faudra toutefois attendre quatre mois, en principe, pour que bébé fasse des nuits pleines de huit ou neuf heures. D’autres auront besoin qu’on les aide à trouver leur rythme. Pour cela, il faut par exemple créer un environnement obscur et le plus calme possible la nuit. Le jour, installez l’enfant dans une pièce lumineuse, puis stimulez-le le plus possible en lui parlant ou en jouant avec lui pour le tenir en éveil.

Prématurité et petit poids

S’il est préférable de caler les heures de repas sur les phases de réveil spontanées du nouveau-né, il n’en va pas de même pour les prématurés ou les bébés de faible poids. Ces derniers n’ont en effet pas de réserves et sont plus hésitants à prendre la tétée. Par ailleurs, ils n’ont pas toujours la force nécessaire pour réclamer ou pour se ré­veiller quand la faim se fait ressentir. Il est donc indispensable de les réveiller à des heures régulières pour les nourrir.
Néanmoins, dans certains cas, il est préférable de laisser l’enfant réclamer par lui-même, s’il en est capable : « Si le bébé est prématuré mais très vivant et déjà dynamique dans son rapport à la vie, on n’est vraiment pas obligé de le réveiller. Mais il ne faut évidemment pas laisser passer des laps de temps trop importants entre les repas », précise Diane Drory.

L’indispensable regard maternel

Nourrir son enfant en regardant la télévision n’est vraiment pas une bonne idée… Le repas n’apporte alors que son effet physiologique et il manque tout le reste. Dans ces conditions, le bébé peut ne pas être intéressé ou, à l’inverse, rechercher davantage de contacts, allant jusqu’à réclamer son repas plus souvent. Il peut aussi avoir l’impression qu’il n’y a pas d’échanges relationnels et donc se faire oublier. Car l’absence de regard de la mère sur son enfant est dramatique pour celui-ci, qui ne se sent exister qu’à travers le regard que l’on porte sur lui.

Ce regard spécifique pendant la nutrition aide l’enfant à établir les bases de son sentiment d’existence. Et respecter son rythme, c’est aussi une façon de respecter sa façon d’exister. 

 

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L’allaitement au sein et à la demande

À l’inverse des bébés qui dorment longtemps entre deux tétées ou biberons, il y en a d’autres qui, nourris au sein et à la demande, ne cessent de solliciter leur mère pour téter. « Je vois ainsi des jeunes mères qui s’épuisent en nourrissant leur bébé toutes les deux heures », témoigne Diane Drory. Petit à petit, il faut aider l’enfant à espacer les tétées car ce n’est pas bon pour l’estomac de travailler constamment à la digestion. En général, les médecins recommandent d’essayer d’attendre trois heures entre chaque tétée. Cette recommandation est importante à respecter, dans la mesure du possible, bien sûr. En revanche, lorsque le nourrisson dépasse les trois heures, dort quatre voire cinq heures, il n’y a pas de mal. Il a son rythme et il n’est pas une horloge.

 

À lire :  « Votre premier mois avec bébé », de Laurence de Cambronne, éditions Le livre de poche (2013), 192 pages, 6,10 €. « Élever son enfant », de Marcel Rufo et Christine Schilte, éditions Hachette (2014), 740 pages, 29,90 €.

Colette Barbier