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Les labels de la cosmétique bio : une belle petite jungle...

Les labels de la cosmétique bio : une belle petite jungle...

Pour commencer, tous les labels de cosmétique bio à l'exception de Nature & Progrès autorisent des ingrédients de synthèse. Certains comme Écocert autorisent même par dérogation des procédés issus de la pétrochimie. Et la plupart des labels gonflent le pourcentage d’ingrédients biologiques en incluant l’eau ! Mais tous ne se valent pas pour autant, d’autant plus que la part du bio y varie, aussi, de 10 à 95%!

Le pétrole, c'est naturel !

À la source de cette variation, la confusion savamment entretenue entre le naturel et le bio. D’abord, naturel ne signifie nullement végétal. C’est simplement tout ce qui n’est pas artificiel. Le pétrole, par exemple, est un ingrédient tout à fait naturel. Comme l’aluminium, le bore, les silicones ou le propane. Si les ingrédients plus nocifs ou de plus mauvaises presses ont été interdits par la plupart des labels cosmétiques, on voit bien que la compréhension de la notion de naturel par les certificateurs est plus qu’étendue...

La plupart des labels bio autorisent aussi des ingrédients « d’origine naturelle », c’est-à- dire des ingrédients naturels qui ont subi des transformations physiques ou chimiques et dont les résultats n’ont plus grand-chose de naturel : une huile de palme estérifiée comme l’isoamyle laurate, par exemple, est considérée comme un ingrédient d’origine naturelle... La certification bio, elle, ne peut s’appliquer qu’à ce qui est cultivé – selon les principes de l’agriculture biologique, donc qu’aux végétaux et aux produits d’origine animale (lait...). Pas à l’eau, nous l’avons dit, et pas à des ingrédients minéraux comme les sels d’alun.

Cosmos harmonise sur la base de 10% de bio...

Dans une volonté d’harmonisation européenne, et après plus de dix ans de discussions (sur fond de concurrence entre les marques) entre les labels européens – BDIH (Allemagne), Cosmébio et Écocert Greenlife (France), ICEA (Italie) et Soil Association (Royaume-Uni) – les labels Cosmos sont apparus en 2009 pour harmoniser les standards et faciliter le repérage des cosmétiques biologiques (Cosmos Organic) et des cosmétiques naturels (Cosmos Naturel) certifiés. Comme dans toute harmonisation, on peut cependant reprocher que les normes aient été abaissées à l’exigence minimale : les cosmétiques bio européens s’alignent sur une composition d’au moins 10 % d’ingrédients biologiques et autorisent 5 % d’ingrédients d’origine synthétique.

Des cosmétiques plus éthiques? Tous ces labels ne tiennent pas encore compte non plus de l’éthique des approvisionnements. Car la recherche d’actifs naturels dans les plantes n’est pas sans poser des questions plus larges : les plantes viennent souvent de l’autre bout du monde et posent des problèmes écologiques et humains. Sur place, elles risquent par exemple, à force d’être cueillies, de disparaître. Souvent, elles conduisent à l’exploitation des populations humaines : pour réduire les intermédiaires, les grandes marques installent sur place des « filiales » chargées de négocier en direct avec les producteurs locaux, faisant la pluie et le beau temps tout en se vantant, au mieux, de faire du commerce équitable ou éthique...

En septembre 2009, un reportage d’une chaîne de la télévision allemande dénonçait Daboon, producteur colombien d’huile de palme notamment pour la marque The Body Shop (achetée en 2006 par L’Oréal). Ce reportage accusait Daboon d’avoir participé à l’expulsion par la force publique de 123 familles de petits paysans, dans le but de faire de la place pour implanter ses cultures de palmier à huile. Suite au scandale, L’Oréal a coupé les ponts avec son fournisseur colombien afin de ne pas ternir son image de marque auprès des consommateurs.

Nature & Progrès, seul label à exiger le bio pour l'huile de palme

Mais l’huile de palme, dont on connaît les ravages environnementaux, est irremplaçable, car très peu chère. Et entre dans la composition d’un grand nombre d’ingrédients cosmétiques, y compris autorisés en bio... de façon assez discrète mais très repérable comme en témoignent les dénominations en palm, lauryl, myrist voire stearat. Seul Nature & Progrès en exige la certification bio. S’il est déjà difficile d’être bio à 100 %, il semble l’être encore plus d’être écolo jusqu’au bout des ongles !

Encore du chemin à faire

On voit donc bien que le bio a su tirer vers le haut le conventionnel. De plus en plus de fabricants se conforment à son cahier des charges minimal. La cosmétique non bio a elle-même su tirer avantage des normes et exigences des cosmétiques bio ou naturels en développant des produits moins toxiques pour notre santé. Il ne faut pas oublier qu’elle y a été contrainte par les réglementations environnementales, qui tendent à mettre les industries aux normes de la chimie verte... Pour autant, tout est loin d’être résolu en matière de toxiques, notamment en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, qui menacent la fertilité de l’espèce humaine.

Pour le conventionnel, le chemin risque d’être très long car les pouvoirs publics et les industriels traînent. Début 2013, une enquête publiée par les associations de consommateurs européens (dont l’UFC-Que Choisir) a inspiré nos sénateurs, au nom du principe de précaution, à demander au mois de juin suivant au ministre des Affaires sociales et de la Santé d’indiquer la position du gouvernement français face aux problèmes posés par ces substances, dont font partie les parfums... Sans doute parce que le marché des cosmétiques pèse son poids dans la balance économique, la réponse, à ce jour, n’a pas été donnée. Mais le travail est en cours : fin 2012, les perturbateurs endocriniens ont été inscrits au programme de la conférence environnementale, ils ont fait l’objet d’un groupe de travail et même d’une consultation publique du 20 août au 20 septembre 2013 afin que chaque citoyen puisse donner son avis.

Le bio fait une part du travail, au consommateur de faire le reste

En attendant, les consommateurs ont tout intérêt à se fier aux labels biologiques, qui demeurent les plus rigoureux pour choisir des cosmétiques plus sains, voire plus écologiques et plus éthiques. S’il est important de rappeler que tous les labels ont été mis en place avant tout en réaction à la cosmétique conventionnelle, longtemps simple filiale de l’industrie chimique, il faut rappeler aussi que, sur ce nouveau segment de marché porteur qu’est le bio, des industriels repentis, « convertis » à une cosmétique plus propre, sont loin d’avoir le même niveau d’exigence que les marques historiques et les pionniers de la cosmétique bio comme Weleda, Cattier ou Lavera ou bon nombre d’entreprises plus familiales. Cela s’en ressent dans la jungle des labels verts – écologiques, biologiques, équitables ou solidaires... En clair pour le consommateur, les labels bio font une première partie d’un travail, à lui de faire le reste. Il nous appartient de ne pas nous laisser berner par de fausses assertions, de lire un tant soit peu les étiquettes et de rester vigilant sur la philosophie et l’éthique des marques auxquelles nous accordons notre confiance.

 

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