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Glyphosate : entretien avec François Veillerette, porte-parole de Générations futures

Glyphosate : entretien avec François Veillerette, porte-parole de Générations futures

Bio Info : Votre organisation a porté plainte le 18 mai 2016 contre les agences chargées de l'évaluation du glyphosate en vue de sa réautorisation. Pouvez-vous nous dire pourquoi précisément?

François Veillerette : L'agence allemande BfR [l'institut fédéral allemand d’évaluation des risques alimentaires, ndlr], dont le rapport est repris par l'EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments, ndlr], essaye par tous les moyens de démontrer que les études de toxicologie sur lesquelles s'appuie ce rapport ne sont pas valables. Elle a voulu montrer par exemple qu'il n'y avait pas d'augmentation statistique des risques chez les souris exposées au glyphosate dans ces études, mais cela en ne s'appuyant que sur une seule méthode, celle-là même qui est utilisée par Monsanto. Or il y a aussi ce qu'on appelle les tests de tendance, une autre méthode reconnue en toxicologie... Le BfR n'a pas cherché à l'utiliser pour confirmer ses dires. Le rapport prétend aussi que les doses utilisées dans ces études sont trop importantes et donc pas représentatives, mais c'est faux. Ce sont des doses (1000 mg/ kg), qui, même si elles sont trop importantes pour les études de toxicité chronique, sont utilisées couramment en cancérologie, où il n'y a pas de dose maximum. Le BfR et, à sa suite, l'EFSA ont donc déclassé ces études.


Quelles sont-elles exactement ces études sur lesquelles s'appuie le rapport ?

Il s'agit de cinq études qui ont été réalisées entre 1997 et aujourd'hui et dont plusieurs émanent même des fabricants du Roundup. L'une d'elles, celle de Monsanto, est antérieure à 1997. Toutes montrent un risque accru de plusieurs cancers - rein, lymphe et angiosarcome, chez les souris exposées. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ces études, en dehors de celles des fabricants, ont été publiées dans des revues à comité de relecture. Mais les agences font tout pour les décrédibiliser.


Sont-elles en conflit d'intérêts avec les industriels ?

Je dis que les experts du BFR font une mauvaise analyse des études fournies. Quant aux experts de l'EFSA, ils sont anonymes... Vous voyez la crédibilité. Les agences n'ont également pas respecté les lignes directrices de l'OCDE sur l'utilisation de groupes de souris "historiques", c'est-à-dire qui ont été testés au cours d'études antérieures. Leur idée est de démontrer que dans ces groupes, on a observé une augmentation des cancers sans exposition au glyphosate, mais les normes scientifiques en vigueur n'ont pas été suivies. C'est incroyable de penser que les industries cherchent aujourd'hui par tous les moyens à discréditer les études qu'elles ont réalisées elles-mêmes...


Vous reprochez aussi à ces multinationales un manque de transparence…

Oui, car leurs études utilisées pour le rapport ne sont en fait que partiellement accessibles : on dispose des résultats, qui disent la même chose que dans les autres études, mais en revanche pas des données brutes. Ces données ne peuvent donc pas être exploitées, analysées par la communauté scientifique, qui d'habitude peut s'en resservir librement.


Pourquoi parle-t-on de principe de précaution si les risques du glyphosate sont établis?

Parce qu'on se situe dans le cadre du règlement européen, qui s'arrête au principe de précaution lorsqu'il s'agit de substances potentiellement cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques. C'est toute l'avancée du règlement 1107/ 2009 : on ne va pas chercher à faire une évaluation des risques, on interdit carrément la molécule dès lors que son danger est probable, possible ou certain. Ce qui est le cas pour le glyphosate.


Il s'agit donc plutôt d'une remise en question du principe de précaution?

Exactement. Nous soutenons le principe de précaution et parlons directement de danger et non de risque car l'évaluation des risques est toujours extrêmement compliquée : tout le monde ne réagit pas de la même façon, il y a notamment des publics plus sensibles comme le foetus in utero face aux perturbateurs endocriniens. D'autre part, il faut prendre en compte l'effet cocktail des molécules et non les analyser une par une... En fait, on ne peut jamais évaluer les risques.


La plateforme du glyphosate, organisme de communication de Monsanto, parle sur son site d'absence de « risque inacceptable pour la santé humaine  »... Que vous inspire cet argument?

Les fabricants de pesticides renversent le principe de précaution pour revenir à l'évaluation des risques, en tous cas pour la faire revenir dans le débat. Ça les arrange qu'on ne puisse pas prouver le risque si tel est l'objectif (pour nous, inatteignable). Les agences semblent empressées de les aider...


Il y a là matière à débat philosophique ! Qu'est-ce que le risque acceptable... ?

Sans doute, mais matière à débat scientifique également ! La science s'oppose à la science réglementaire, représentée par les agences. Ces agences servent d'interface avec les politiques.  


Les organisations comme la vôtre ont-elles le sentiment d'avoir été entendues par les États?

En France, nous avons été entendus : notre pays a eu la position la plus claire pour s'opposer au renouvellement de l'autorisation. La Commission a tenté de séduire les États en proposant un renouvellement pour 9 ans seulement ou d'autres gages, également à l'Allemagne. On est restés sur le non.

 

Le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR) est l’organisme allemand d'évaluation des risques désigné rapporteur par l’EFSA.

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