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L’agriculture urbaine 
peut-elle nourrir les villes ?

L’agriculture urbaine 
peut-elle nourrir les villes ?

L’industrie agroalimentaire s’est construite sur le modèle du tout transport. À tel point que la nourriture parcourt des milliers de kilomètres jusqu’à l’assiette du consommateur. Conséquence : les villes sont hyper-dépendantes du réseau de distribution. « En cas de crise, les réserves de Paris sont limitées à deux ou trois jours », indique Christine Aubry, ingénieur à l’Inra et professeur à AgroParisTech.

Les projets d’agriculture urbaine qui fleurissent dans le monde peuvent-ils changer la donne ? Face à la rareté du foncier, ces initiatives germent là où on ne les attendait pas… Depuis 2010, la ferme Brook­lyn Grange garnit de terre les toits new-yorkais pour faire pousser 2,5 hectares de fruits et légumes bio, soit cinquante tonnes annuelles. Au Canada, c’est aussi sur les toits que sont installées les Fermes Lufa depuis 2011. Notable différence, leurs 7 000 m2 de serres fonctionnent à l’hydroponie, une technique hors-sol grâce à laquelle les plantes poussent sur un substrat irrigué de nutriments. Certes non bio, la culture est néanmoins dépourvue de pesticides, profite de la chaleur des bâtiments pour économiser l’énergie, tandis que l’eau circule en circuit fermé.

À Berlin, ce sont les poissons qui nourrissent les plantes ! Baptisée aquaponie, cette méthode utilise leurs déjections, riches en azote, en phosphore et en potassium. Porté par ECF, le projet devrait permettre de cultiver dès ce printemps 1 800 m2 de fruits et légumes. Quant à la ville-État de Singapour, elle a vu pousser en 2012 la première serre hydroponique verticale du monde, 
Sky Greens.

100 hectares de toits végétalisés à Paris

La France n’est pas en reste. En témoigne le succès des jardins partagés. « Ils représentent 2 000 hectares en Ile-de-France à comparer aux 3 000 hectares de maraîchage de la région parisienne », indique Christine Aubry, spécialiste de l’agriculture urbaine. Les toits de l’AgroParisTech, où elle enseigne, sont désormais garnis d’un potager en bacs. « Ils produisent 8 kg par m2, soit entre 50 et 80 tonnes par hectares. Des résultats comparables au maraîchage bio en pleine terre, mais très loin des 8 000 à 10 000 tonnes/ha des serres hydroponiques ! », souligne la professeur.

Dans le droit fil de cette expérience, la Ville de Paris a fixé l’objectif de 100 hectares de toits végétalisés d’ici à la fin de la mandature, dont 30 hectares de toits productifs.

Autosuffisance alimentaire et lien social

L’agriculture s’invite aussi sur les friches délaissées. À Lille, un projet de ferme urbaine devrait voir le jour en septembre sur celle de Saint-Sauveur, où des bacs accueilleront les cultures. C’est également une ancienne friche qu’a investie l’exploitation agricole Les Fermes en ville, sur 3,5 hectares, près de Saint-Cyr-l’École, dans les Yvelines,. Y poussent des fruits et des herbes aromatiques en hydroponie pour une distribution locale, aux côtés de ruchers et de parcelles de potagers en location.

Des projets de serres verticales émergent également. À Romainville, une tour vitrée de 1 500 m2 contenant sept niveaux de culture devait être érigée au cœur de la cité Cachin, tandis qu’à Lyon, un polydôme mêlant permaculture, hydroponie bio ou encore culture verticale était attendu. Deux projets en suspens faute de financements. Les fermes urbaines high-tech nécessitent en effet « 1,5 million d’euros pour 2 000 mètres carrés de serres », estime Christine Aubry. De quoi renchérir le prix de la salade !

Est-il imaginable que les villes parviennent à l’autosuffisance ? Prenons l’exemple des toits parisiens. « Une étude a estimé à 80 hectares le potentiel de toits cultivables, ce qui ferait 6 400 tonnes de fruits et légumes par an, contre une consommation de près de 100 000 tonnes », note la spécialiste. Une paille ! « Souvent cités en exemple, les 80 % d’autosuffisance alimentaire de la ville anglaise de Todmorden, où sont nés les incroyables comestibles, sont largement surévalués. Mais il ne s’agit pas tant de parvenir à l’autosuffisance des villes, qui ont toujours fait appel à l’extérieur pour se nourrir, que de rééquilibrer un peu la balance », souligne Christine Aubry. L’enjeu ne se limite toutefois pas à la question de l’autonomie alimentaire. L’agriculture urbaine ne cultive pas seulement des légumes, mais aussi du lien social. 

Photo : La Ville de Paris vise les 100 hectares de toits végétalisés d’ici 2020.


Précurseurs

À Mouscron, 
la permaculture en ville

Bien avant que l’agriculture urbaine ne soit à la mode, un couple touché par la crise industrielle a transformé son petit bout de terrain en un jardin extraordinaire, à Mouscron, ville belge située à la frontière de Roubaix et Tourcoing. Sur 1 800 m2, Josine et Gilbert Cardon font pousser 2 000 arbres fruitiers ainsi que des plantes maraîchères, médicinales et aromatiques. La grainothèque de leur boutique compte plus de 6 500 variétés ! Luxuriant, touffu, exubérant, ce petit coin de paradis des Fraternités ouvrières est cultivé en permaculture depuis la fin des années 1970 par une centaine de bénévoles. Ici, la terre n’est jamais arrosée, si ce n’est par la pluie, pas plus qu’elle n’est retournée, si ce n’est par les vers de terre. Un modèle que nous trouvons plus séduisant que les fermes urbaines high-tech.

 

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