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Disparition des abeilles : omerta sur les pesticides

Disparition des abeilles : omerta sur les pesticides

J’ai grandi au milieu des abeilles, enfin presque. Avec le souvenir d’un va-et-vient intense entre les fleurs, les ruches et les essaims que l’on recueille les jours de beau temps. Un moment très sérieux, d’ailleurs, cette capture. Je le comprenais en observant la concentration et la rapidité d’intervention de mon père, autrefois apiculteur. Je le regardais dans son scaphandrier, impressionnée par l’opération réalisée dans le plus grand silence. Presqu’un rituel. C’était précieux, une abeille.

« Tu vois. Cette année, le pommier est en fleurs et il est magnifique. Pourtant il n’y a pas une seule abeille posée dessus... Pas de pollinisation », me confiait mon père tout récemment, en contemplant, perplexe, l’arbre fleuri délaissé par les petites butineuses. Par beau temps, une abeille normalement constituée butine 1500 fleurs de pommier par jour. Un tiers des fruits et des légumes que nous consommons, on le sait, dépend de leur pollinisation.

Malheureusement, c’est un fait, les abeilles continuent à mourir partout dans le monde, avec des chiffres sans précédents. L’Europe a perdu, dans son effectif, 7 milliards d'abeilles, nécessaires pourtant pour polliniser ses cultures . En même temps, avec le développement des cultures oléagineuses pour produire les agrocarburants, les besoins de pollinisation ont crû cinq fois plus vite que le nombre de colonies d’abeilles entre 2005 et 2010.

42 % de mortalité pour la Belgique

Alors que les chercheurs exigent une interdiction permanente des néonicotinoïdes, sur base d’une évidence scientifique qui s’époumonne à dénoncer les effets délétères de ces substances actives sur la survie des abeilles, le rapport de l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire) rendu public ce 7 avril 2014 donne la nausée. Pour rappel, cette étude commandée par la Commission européenne consistait à mesurer la mortalité des abeilles domestiques dans 17 pays différents et à examiner leur cause. Elle révèle entre autres que la Belgique est le territoire le plus touché par cette mortalité, avec un taux de 42%, suivie par la Grande-Bretagne avec 38,5%.

L’étude de l’Anses est inquiétante par son positionnement. Elle a coûté plus de 3 millions d’euros, et elle a porté uniquement sur les maladies des ruchers comme causes potentielles de mortalité. Personne n’a donc mis dans le cahier des charges un seul mot au sujet de l’impact des résidus de pesticides ! Un rapport qui flaire la manipulation et la force des lobbies. C’est la loi du silence sur les pesticides et les insecticides. Ça fait inévitablement penser au plan de protection des abeilles lancé en 2014 aussi en Grande-Bretagne, mais piloté et financé par les fabricants de pesticides... Cherchez l’erreur.

Les abeilles récoltent du pollen contaminé

Au même moment, un rapport réalisé par Greenpeace, « The Bees Burden » (« Le fardeau des abeilles ») , dénonce un système agricole industriel qui utilise intensivement les produits chimiques et qui privilégie les plantations généralisées en monoculture. L’étude révèle que les deux tiers du pollen collecté par les abeilles dans les champs européens sont contaminés par un cocktail de 17 pesticides toxiques différents. Or c’est l’étude la plus vaste effectuée en la matière, puisqu’elle porte sur plus de 100 échantillons issus de 12 pays différents. Au total, 53 produits chimiques on été détectés. Car en plus des pesticides, le rapport identifie des substances provenant d’insecticides, de fongicides, d’herbicides et d’acaricides.

Le rapport indique encore la large gamme de fongicides trouvés dans les pollens recueillis autour des vignobles italiens, par exemple, ou la détection de DDE, un dérivatif du fameux DDT, un pesticide interdit depuis des dizaines d’années dans toute une série d’échantillons provenant d’Allemagne. Ou encore, la présence généralisée d’insecticides tueurs d’abeilles dans les pollens des champs de colza polonais. Il est vrai que lorsqu’on regarde l’empreinte jaune laissée par les champs de colza dans notre paysage agricole, en ce début de printemps, on ne peut que statuer sur l’évidence de pesticides utilisés. Un miel n’est certifié bio que si les ruches sont situées à 5 km d’un champ cultivable… Il y a bien une raison à cela, non ? Et qu’en est-il de l’action des pesticides couplée à celle des OGM ? Cela semble tout sauf engageant.

En attendant, une chose est sûre, il faut aider les abeilles. Pas en signant des pétitions bidons, qui servent à collectionner des bases de données marketing. Mais avec des faits concrets ou en nous référant à des organismes fiables. Être déterminés et impitoyables, comme les abeilles le sont avec leurs ennemis. Et polariser notre énergie sur leur conservation et leur repopulation. Dénoncez vos voisins s’ils utilisent du Roundup, devenez un apiculteur du dimanche ou adoptez une colonie d’abeilles et hébergez-la sur le toit de votre maison ou de votre building, comme cela se fait à Paris, avec quelque 300 ruches haut perchées... Pourquoi pas chez vous ?

 

Anne Gillet a été rédactrice en chef de Bio Info Belgique de 2012 à 2014. Elle a créé en novembre 2015 le magazine Bio Tempo, disponible en librairies et magasins bio en Belgique.

 

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