Les bonnes feuilles de l’aloe vera (ou pas)

PUBLIÉ LE 20 novembre 2018
 

Paré de mille vertus, l’aloès est connu depuis des millénaires pour soigner la peau et stimuler l’intestin. Il serait aussi hypoglycémiant, hypocholestérolémiant, antioxydant, réduirait la fatigue, stimulerait le foie, soignerait le syndrome du côlon irritable...la  liste est longue. Si certaines de ces qualités sont attestées par la science, d’autres doivent être confirmées. D’autant qu’on ne croque pas l’aloé comme une pomme : l’utilisation de ses feuilles entières nécessite des précautions.

Posées au milieu des clémentines et des noix, ses grosses feuilles dodues et piquantes intriguent. L’aloe vera, appelé communément aloès, a colonisé en quelques années les rayons frais et fruits & légumes des supermarchés, bio et asiatiques en particulier. On l’y trouve sous sa forme de feuilles fraîches entières, mais aussi en jus, gels, cubes sous vide, gélules, etc.

Mais à quoi sert l’aloès ? Comment  le consommer sans être à l’ouest ?

L’aloé

L'espèce Aloe vera ou Aloe barbadensis serait originaire de la péninsule arabique. On l’employait dans l’Egypte et la Grèce antiques pour soigner la peau et réveiller les intestins fainéants. Aujourd'hui cultivée dans toutes les régions chaudes du monde, la plante plaît autant pour ses vertus cosmétiques et thérapeutiques, que pour faire joli.

C'est une succulente, au sens botanique : pour résister à l’aridité de son habitat originel, les feuilles d’aloe font des réserves d’eau, qui représente 98 à 99 % du poids de la plante. On la trouve en grande partie sous forme de mucilage, un gel visqueux produit par les cellules situées au cœur de la feuille.

Ce gel a des propriétés reconnues pour les soins de la peau. Il apaise, amollit, accélère la cicatrisation et hydrate. On peut donc l’étaler en couche fine sur les plaies, blessures légères, contusions, brûlures et coups de soleil légers, éruptions cutanées, morsures, piqûres, aphtes, peau sèche, vergetures, même dans les cheveux. Le tout sans risque. Le gel peut aussi servir de traitement contre l’herpès génital et les douleurs liées au lichen plan (une maladie de peau auto-immune).

Manger ce gel est aussi possible. Ou le boire, sous forme de jus. Pourquoi ? Parce que la médecine ayurvédique et certaines études lui prêtent en interne des qualités hypoglycémiantes (donc antidiabétiques) et légèrement laxatives - ce dernier point semblant logique, vu sa teneur en eau. Avalé quotidiennement durant plusieurs semaines, il pourrait aussi améliorer l’état des gens atteints de colite ulcéreuse ou du syndrome du côlon irritable. Mais si certaines études sont prometteuses, d’autres recherches mériteraient d’être menées afin de confirmer l’efficacité de la consommation de gel d’aloe.

Pas de laxisme avec le latex

Autre substance contenue dans la feuille d’aloès, aux propriétés très différentes de celles du gel : le latex. Ce liquide jaune, constituant de la sève, se trouve à l’intérieur des cellules de la partie la plus externe de la feuille. Il coule spontanément quand on en sectionne une.

Le latex ne doit pas être consommé à la légère : il a des propriétés laxatives puissantes, potentiellement irritantes. Cela est dû à sa forte concentration en anthraquinones, des molécules de la famille des hydrocarbures dont l’aloïne est la plus abondante. Présenté dans le commerce sous une forme séchée ou au sein de préparations pharmaceutiques, le latex peut être utile en cas de constipation aiguë, de façon ponctuelle.. Mais pas sur le long terme ! Sa prise excessive peut causer la formation de polypes intestinaux, augmentant le risque de cancer colorectal, ainsi que des troubles rénaux ou hépatiques graves. Par précaution, il ne faut pas non plus consommer le latex en cas de maux de ventre, de grossesse, d'allaitement, d'obstruction ou inflammation intestinale, d'ulcère, de maladies cardiaques, nausées ou vomissements.

La feuille entière classée cancérogène possible

A cause de la présence d'anthraquinones dans le latex, la feuille fraîche entière d'aloe vera est classée cancérogène possible par le CIRC, l'agence de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé. A l'origine du classement, des études menées sur des rats qui montrent que la prise d'extraits de feuilles entières endommage leur ADN et provoque chez eux des tumeurs inhabituelles. Ce qui explique qu'en août 2018, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ait saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) afin qu'elle évalue les risques sur la santé de la consommation de feuilles fraîches d'aloès.

En conclusion, si vous achetez des feuilles entières d’aloès, pensez à retirer tout le latex et à ne manger que le gel. Pour cela, éliminez la cuticule et le derme de la feuille. Puis, coupez celle-ci en deux sur la longueur, et recueillez uniquement le gel présent au cœur.

Jus et gels doivent également être fabriqués uniquement à partir du gel d’aloès. Ils doivent être concentrés minimum à 99,7 % et ne pas contenir de traces d’anthraquinones.

Diana Semaska

Livres et sites de référence

Encyclopédie des plantes médicinales, Larousse, 2011

Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, Jean Bruneton

Passeportsante.net

Centre international de recherche sur le cancer

DGCCRF  

Quelques études scientifiques :

- Management of psoriasis with Aloe vera extract in a hydrophilic cream: a placebo-controlled, double-blind study, Syed TA1, Ahmad SA, Holt AH, Ahmad SA, Ahmad SH, Afzal M., Tropical medicine and international health- Aloe vera: a systematic review of its clinical effectiveness", Vogler BK, Ernst E, Bristish Journal of general practice

- Efficacy of topical Aloe vera in patients with oral lichen planus: a randomized double-blind study.

Salazar-Sánchez N1, López-Jornet P, Camacho-Alonso F, Sánchez-Siles M., Journal of oral pathology and medicine

- National Toxicology Program. Toxicology and carcinogenesis studies of a nondecolorized whole leaf extract of aloe barbadensis miller (aloe vera) in F344/N rats and B6C3F1 mice (drinking water studies). 2013.  

Diana Semaska