Qu'est-ce que le made in France ?

PUBLIÉ LE 15 novembre 2016
 

TENDANCES. Une législation précise et des labels stricts encadrent le made in France et guident le consommateur. Alors pourquoi est-ce encore si compliqué de trouver du 100% made in France ? A la veille du 5e salon du MIF à Paris, nous faisons le point sur ce phénomène à deux vitesses. Entre manœuvres médiatiques et débrouille citoyenne, qu'est-ce que le made in France aujourd'hui ?

Le commerce mondialisé démultiplie les intermédiaires entre la conception d'un produit et sa distribution en magasin. Votre tablette tactile, vos vêtements et même votre literie ont sans doute plusieurs origines. Une info qui passe la plupart du temps inaperçue car, en dehors de certains produits alimentaires et agricoles, la loi française n'oblige pas de préciser l'origine des produits mis en vente sur son sol. Le marquage d'origine est facultatif, effectué sous la seule responsabilité du fabricant ou de l'importateur et c'est la DGDDI (Direction générale des douanes et droits indirects) qui est chargée de contrôler les marquages à l'intérieur du territoire.

Les start up regardent du côté du made in France

De nombreuses marques choisissent néanmoins d'affubler leurs emballages de la mention bleu-blanc-rouge, comme un gage de confiance et un levier d'achat. Résultat, on trouve de tout dans les étiquettes. « Le made in France souffre d'être un concept un peu fourre-tout, nous dit Nathalie Schraen-Guirma, spécialiste du sujet dans l'émission Midi en France sur France 3 (photo). Dans un monde globalisé, le 100 % made in France n'est pas un objectif réaliste mais quand c'est possible, c'est bien de le faire. Par exemple, dans le domaine de l'artisanat, j'ai rencontré à Grenoble l'un des derniers gantiers français, obligé d'importer d'Italie un élément dans la fabrication de ses gants car le savoir-faire n'existe plus chez nous. Relancer la formation aux métiers de l'artisanat dans certains secteurs serait peut être une solution. Les brodeurs, plumassiers, les horlogers… font partie de ces savoir-faire en voie de disparition, car c'est rageant de voir que certains pays ont su conserver leurs petits métiers et pas nous », déplore la journaliste. « Mais ce qui est revigorant, c'est cette nouvelle génération d'acteurs prêts à tout, comme Thomas, le fondateur des jeans 1083 qui après des mois de recherche a réussi à faire réaliser toutes ses étapes de fabrication en France », ajoute la jeune femme, qui a été missionnée par les Entreprises du Patrimoine de France pour être leur grand témoin aux prochaines rencontres parlementaires au Sénat. 

Pour se voir accorder le droit d'apposer cette mention, il faut respecter l'article 24 du Code des douanes communautaires qui précise que, parmi les produits assemblés ou transformés dans plusieurs pays, seuls sont éligibles au made in France les produits dont la dernière transformation a été réalisée en France ou les produits dont 45 % de la valeur-ajoutée à été réalisée en France. Autrement dit, un pantalon confectionné à partir d'un coton qui a poussé en Namibie puis tissé en Bulgarie mais dont l'assemblage final a été effectué en France est considéré comme authentiquement made in France. Des critères qui rendent opaques l'itinéraire et la nature même du produit.

Origine France : 50 % français

C'est sur ce constat qu'est né le label Origine France Garantie en 2010, à l'initiative de chefs d'entreprises et des Chambres de commerce et d'industrie. Une impulsion patronale visant à informer les consommateurs en valorisant les entreprises françaises. L'obtention (onéreuse) du label se fait sur deux critères plus stricts que ceux des douanes : entre 50 % et 100 % du prix de revient unitaire doit être réalisé en France, contribuant ainsi à l'économie nationale. D'autre part, le produit doit prendre ses caractéristiques essentielles en France (confection, usinage). Six ans après sa création, 1 700 gammes de produits ont été certifiés dans 500 entreprises, tous secteurs confondus, de Ricoré à la Toyota Yaris en passant par les collants Well. Contrôlé par l'organisme indépendant Bureau Veritas, le label OFG n'est pas un label officiel de l’État mais présente l'intérêt de proposer une traçabilité aux produits manufacturés de la grande distribution.

Entreprises du patrimoine vivant

Pour connaître les entreprises engagées dans une fabrication française et reconnues officiellement comme telles par l’État, il faut regarder du côté du label « Entreprises du patrimoine vivant », délivré sous l'autorité du Ministère de l’Économie, des Finances et de l'Industrie. Il récompense les entreprises françaises ayant un savoir-faire rare ou ancestral dans le domaine de l'artisanat et de l'industrie. Cependant, c'est le savoir-faire « à la française » qui est récompensé ici, pas les produits. Et si parmi elles le fabricant breton de jouets en bois Arthur et Marie utilise du hêtre issus exclusivement de plantations françaises, d'autres comme le spécialiste de literie traditionnelle Le Briand s'approvisionnent à partir d'une matière première hors France et hors Union européenne.

 

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Lucile de La Reberdiere