Bibliothérapie : les livres nous veulent du bien !

PUBLIÉ LE 08 juillet 2014
 

PSYCHO. Livres à grandir ou à guérir, les livres ressources ouvrent une porte sur notre monde intérieur. Romans, autobiographies, contes et autres ouvrages, par effet miroir des émotions et vécus traversés, offrent une catharsis libératoire. Shakespeare vs Prozac, on vous aide à choisir.

Dans les carrefours de la vie, face au mal-être et à la maladie, nous sommes souvent bloqués par nos peurs, par nos conditionnements, par la difficulté à lever le nez du guidon dans un quotidien dévorant. Et si lire était une solution, voire une prescription? «Qui veut se connaître, qu’il ouvre un livre », affirmait l’écrivain Jean Paulhan. C'est en lisant le best-seller d'Elizabeth Gilbert « Mange, prie, aime », qui relate la renaissance en trois temps (Italie, Inde, Bali) de l’héroïne suite à une rupture douloureuse, que Valérie a trouvé la force de quitter son mari, après des mois de valses-hésitations.

Silvia, dévorée, elle, par le perfectionnisme dans sa gestion familiale, dit avoir vécu une vraie libération après avoir lu « Imparfaits, libres et heureux » du psychiatre Christophe André. Quant au petit Matthieu, 8 ans, il a mieux accepté la mort de sa grand-mère en lisant « J’attends Mamy », délicat ouvrage de Cécile Vangout et SéverineVidal. Fiction, essais, ouvrages à thème, poésie, bandes dessinées, peu importe le genre littéraire, nous avons tous connu ce moment de grâce où un livre, porteur de sens, joue le rôle d’un révélateur, d’un détonateur. Lire : pour grandir, apprendre, évoluer, faire tomber les murs, se retrouver... Etentamer un nouveau chapitre de l’existence.

Lecture miroir

Le déclic littéraire se révèle jubilatoire et opère une transformation intérieure débouchant sur un mieux-être, des solutions, voire des changements de vie. « Les livres sont des miroirs vivants », souligne le Dr Maurice Corcos, auteur de « Penser la mélancolie, une lecture de Georges Perec » et directeur du département de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune à l’Institut mutualiste Montsouris (Paris).

Lire, c’est donc prendre rendez-vous avec soi et aller consulter, en écho au texte, sa bibliothèque intérieure, aux rayonnages tapissés d’expériences, de réminiscences inconscientes, de ressources parfois ignorées que le livre vient réveiller par ses personnages, ses situations, ses métaphores. Dans un incessant aller-retour entre monde intérieur et monde extérieur s’instaure un possible dialogue, au creux même de l’espace transitionnel offert par le livre.
Les traversées humaines, qu’elles soient explicitées dans des ouvrages spécialisés, romancées ou symbolisées, sont universelles et viennent toujours nous parler de nous : à tout âge, nous rencontrons les affres des questions existentielles, épreuves de vie et tourments amoureux, dont les livres se font les témoins privilégiés. Lire ouvre une échancrure dans l’espace-temps et réactive nos ressources intérieures, endormies par les contraintes du quotidien. En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de lui-même. L’ouvrage d’un écrivain est un instrument optique offert au lecteur afin de lui permettre de discerner ce qu'il n’eût peut-être pas vu en lui-même sans le livre. C’est Proust qui le dit dans « Le Temps retrouvé ».

Littéature sur prescription

Il y a bien sûr les livres recommandés spontanément par les amis, les libraires, les bibliothécaires, en accord intime avec nos couleurs intérieures et nos états d’âme. Mais depuis quelques années émerge une tendance, encore timide en France : la bibliothérapie, du grec biblios (livre) et therapeuein (soigner, thérapie). Il s’agit donc de soigner par le livre, porteur de ferments de vie, de germes de guérison. Plus connue et répandue dans les pays anglo-saxons, la reading therapy, initiée dans la foulée des thérapies comportementales et cognitives (TCC), met à l’honneur les self-help books, qui fleurissent aujourd’hui en librairie (manuels sur l’estime de soi, la résilience, la gestion du stress, de l’anxiété...), permettant aux patients en thérapie de progresser en autonomie entre les séances (la bibliothérapie ne remplace pas, pour autant, la thérapie). Mais la fiction fait également partie de la prescription. Selon le Dr Corcos, la littérature nous emmène dans les mêmes « coulisses » que la psychanalyse. Une résonance de bon aloi quand on est appelé à travailler sur soi.

 

À lire : « Comment Proust peut changer votre vie », d'Alain de Botton (éd.10/18, Poche, 2001). L'auteur, philosophe suisse, propose des séances de bibliothérapie dans un lieu créé pour « apprendre tout ce qu’on n’a pas appris à l’école ». Fondée à Londres en 2008 puis à Paris en avril dernier, The School of Life dispense des cours pour développer
 son intelligence émotionnelle avec l'appui de la culture. Infos : 28 rue Pétrelle, 75009 Paris, www.theschooloflife.com.

 

Adresses :

Institut Européen de Bibliothérapie
Association Française de Bibliothérapie
Lire pour guérir, un site abondamment documenté par Nathalie Cailteux, qui propose un conseil de bibliothérapie gratuit.

Carine Anselme

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