Novel food, que garder sur la liste européenne ?

PUBLIÉ LE 18 avril 2013
 

Depuis 1997, de nombreux ingrédients et aliments ont fait leur entrée sur le marché européen sous le vocable attrayant de novel food. Cette expression pleine de promesses n’est pourtant rien moins qu’une définition juridique mise en place par la Commission européenne. Pour autoriser des ingrédients aussi variés que des OGM, des micro-algues ou des substances de synthèse… Après un tour d’horizon un peu étonné, voici celles que l’on peut inviter sans souci dans son assiette.

 

Derrière le terme anglais attrayant de novel food se cache un entrelacs de procédures administratives destinées à autoriser sur le marché européen les nouveaux ingrédients alimentaires. Celles-ci sont codifiées par le règlement de la Commission européenne n° 258/97 (1997) portant sur des aliments aussi variés que des organismes génétiquement modifiés (pour lesquels cette législation a été mise en place), des structures moléculaires nouvelles, isolées à partir d’aliments connus, des nouveaux procédés d’extraction ou de transformation, ou encore des aliments consommés ailleurs dans le monde mais pour lesquels aucun historique de consommation n’existe en Europe avant 1997.

L’objectif de la démarche : favoriser l’innovation tout en garantissant la sécurité des consommateurs. Les OGM de moins en moins médiatiques ayant été relégués depuis dans un autre texte séparé chargé d’autoriser leur mise sur le marché, les novel food ouvriraient-elles une fenêtre d’espoir sur notre alimentation moderne, entachée de scandales et de remises en question ?

N’est pas novel food qui veut

Si l’on en reste à la définition juridique qui permet à la Commission européenne d’autoriser ces nouveautés, hélas, non. On s’en doute, à 27 et comme dans d’autres domaines, les procédures communautaires sont longues et complexes, laissant la porte ouverte aux pressions diverses : lorsqu’il s’agit d’autoriser ce qui va pouvoir entrer dans les assiettes des Européens, les conflits d’intérêts et les actions de lobbying industriel sont difficiles à éviter. Deuxièmement, le filtre communautaire laisse passer ces nouveautés en fonction de critères d’innocuité évalués au regard du « régime alimentaire global ». Enfin, la procédure de demande d’autorisation étant coûteuse pour les entreprises, il est plus facile aux grandes multinationales de s’y coller via leurs services de recherche et développement qu’aux petites filières d’importation de fruits d’Amazonie… Voilà comment l’Europe a permis l’arrivée des plantes transgéniques sous autorisation novel food pendant que la noix de nangaille, un fruit naturel du Pacifique, était jugée potentiellement allergisante et de ce fait inéligible à l’autorisation1

Une catégorie poubelle ?

Conséquence : dans les faits, la plupart des fabricants et importateurs de produits naturels vraiment bénéfiques pour la santé refusent de demander ce type d’agrément, jugé compromettant. Claudie Ravel, qui dirige la société Guayapi, connue pour son warana importé de chez les Indiens Satéré Mawé, ne mâche pas ses mots au sujet du règlement novel food : « Une vraie poubelle. Ne pensez pas que l’Europe interdit tout ce qui est bon, ce sont les entreprises comme nous qui refusent de demander de telles autorisations. » Une chose pas si compliquée puisque pour faire la demande de mise sur le marché au titre de novel food, il faut pouvoir prouver que le produit à commercialiser n’a pas été consommé sur le sol européen avant 1997. Un argument qui peut servir à demander l’autorisation… ou à refuser de la demander, bref à prouver tout et son contraire.

Le Règlement communautaire initialement bâti pour l’introduction de nouveaux OGM sur le marché et décrié à juste titre a cependant autorisé depuis 1997 quelques aliments bénéfiques pour la santé. Alors, même si on ne salue pas cette démarche engagée au service de l’industrie agroalimentaire, voilà ce qui en est pour l’instant sorti de meilleur.

Procédure

« Les 27 ont du mal à se mettre d’accord »

La commercialisation des novel food dans l’Union européenne est autorisée ou refusée sur la base du règlement européen CE n° 258/97. L’industriel intéressé en fait la demande auprès d’un État membre, qui sera chargé par la Commission européenne d’en faire un rapport d’évaluation, après avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Les autres États membres transmettent leurs remarques sous forme d’un rapport secondaire. C’est la Commission européenne qui prend une décision finale, après avoir éventuellement consulté l’EFSA. Une procédure complexe qu’une nouvelle mouture du règlement, en cours d’élaboration depuis plusieurs années, devait simplifier, et que Valérie Chaumont, présidente de la société RNI Conseils, experte en réglementation pour les compléments alimentaires, produits diététiques et de santé, regrette de ne pas avoir vu aboutir. Le nouveau projet n’a pas été accepté. Comme toujours, les 27 États ont du mal à se mettre d’accord. Il était question notamment qu’un industriel non européen puisse aussi déposer une demande, en faisant état d’un historique de consommation dans son propre pays et non pas seulement en Europe. Cela aurait eu plus de sens… Le nouveau règlement aurait aussi dû permettre qu’il n’y ait qu’une seule procédure d’évaluation et que les industriels déposent leur dossier directement à Bruxelles. La procédure d’aujourd’hui est politiquement correcte car les États ne sont jamais d’accord entre eux. Quant à l’application de ces autorisations, les contrevenants peuvent être inquiétés (s’ils ne trouvent pas d’autres moyens réglementaires de commercialiser leurs produits, sous forme de “cosmétiques”, par exemple), mais la règle qui demeure en Europe, c’est pas vu pas pris… De son côté, l’OMS a déjà signalé son désaccord avec la procédure européenne d’autorisation des novel food, qui bloque l’arrivée de produits étrangers en Europe.

 

Le noni, en jus, en feuilles, en purée

Le noni (Morinda citrifolia), fruit polynésien à écorce verte et chair blanche de la taille d’une petite pomme de terre est commercialisé depuis les années 1990. Son odeur désagréable, qui lui vaut le surnom de cheese fruit, n’a pas empêché les technocrates européens de valider son emploi sous forme de jus pour les boissons pasteurisées aux fruits, en 2003, puis, sous forme de feuilles (en 2008) et enfin sous forme de purée et de concentré afin qu’il entre dans la composition de confiseries, barres céréalières, boissons énergétiques, glaces et sorbets, yaourts, biscuits, pâtisseries, céréales de petit-déjeuner, confitures, sauces, condiments et compléments alimentaires (2010). Or le noni cache de nombreuses vertus. Ses racines, ses feuilles et son écorce seraient utilisées ainsi depuis plus de 2 000 ans par la médecine traditionnelle polynésienne, pour stimuler le système immunitaire et combattre tout type d’infections (bactériennes, virales, parasitaires…). Le noni permettrait également de prévenir la formation et la prolifération des tumeurs cancéreuses.

Anticancer et antidiabétique

C’est l’effet qui est à ce jour le plus scientifiquement documenté, avec des données très favorables à confirmer. Une autre étude indique que le jus de noni a réduit de 29 % le taux de sucre dans le sang de rats diabétiques. Tandis que deux autres offrent des résultats engageants concernant sa capacité à combattre la bactérie responsable de la tuberculose et un effet sédatif. Selon la marque Dr.Theiss, l’une des très nombreuses à le commercialiser, le jus de noni « contient des vitamines naturelles, des minéraux, des oligoéléments, des enzymes, des alcaloïdes, des cofacteurs, des stérols végétaux, des antioxydants, des phytonutriments et des bioflavonoïdes ».

De nombreuses autres marques ont su profiter de la porte ouverte par l’Union européenne et commercialisent aujourd’hui du jus de noni en qualité biologique. Citons Ombelle Nature, Tahiti Naturel, les Ets Grégoire, Neodiet, Phyto-One, Diet Horizon, SFB, Super Diet ou encore Boutique Nature (label AB). L’idéal est d’en prendre séparément à jeun ou avant les repas, à raison de trois cuillères à soupe par jour, à diluer si l’on souhaite dans un jus de fruit ou de l’eau.

Concentré de folates et d’oméga 3

Dans la liste des novel food, on retrouve aussi la graine de chia. Ce petit trésor nutritionnel d’Amérique du Sud (où il était déjà consommé par les Aztèques et les Mayas), encore peu connu en Europe il y a un an, s’est émancipé des rayons diététiques et d’une diffusion confidentielle pour devenir un produit alimentaire à part entière. La graine de chia a ainsi été autorisée en 2009 à hauteur de 5 % maximum dans les produits de boulangerie. En janvier 2013 elle a fait l’objet d’une extension d’autorisation pour les céréales de petit-déjeuner, les mélanges de graines et fruits secs et pour leur commercialisation en tant que telle (qui avait déjà commencé…).

Riche en fibres, calcium et phosphore, la graine de la sauge mexicaine Salvia hispanica se révèle, d’après de récentes études scientifiques, 50 fois plus riche en folates que l’asperge, 15 fois plus concentrée en magnésium que le brocoli et 8 fois plus pourvue en oméga 3 que le saumon. Avec toutes les précautions qu’il faut apporter à ces comparaisons, la liste de ses bienfaits est longue. Elle comprend entre 20 et 22 % de protéines et de 30 à 35 % de lipides.

Autre avantage : la graine de chia, blanche ou noire, se conserve beaucoup plus longtemps que la graine de lin, qui s’oxyde rapidement. Contrairement à cette dernière, elle n’a pas besoin d’être moulue pour que ses nutriments soient absorbés. Très digeste, elle s’intègre aux vinaigrettes, salades, pains ou muffins, et se prépare façon tapioca (faire gonfler 3 cuillers à soupe de graines blanches dans une tasse de lait d’amande, sucrer et parfumer, par exemple avec de l’eau de fleur d’oranger, et servir froid).

On peut consommer la graine de chia à raison d’une à deux cuillers à soupe par jour maximum. En vente depuis plus longtemps aux États-Unis et au Canada, le chia est proposé depuis 2010 par la société suisse Optimys, présente sur le marché français (autour de 9 € les 300 g dans les magasins diététiques et rayons diététiques de la grande distribution, 12,90 € sur www.optimys-shop.com et www.grainesdechia.com). On en trouve
aussi depuis plus d’un an chez Markal et depuis le mois d’août 2011 chez le spécialiste en produits diététiques bio Uberti.

Un texturant plus sain que l’amidon

Pour épaissir les préparations fruitées et laitières, la Commission européenne a également permis la commercialisation de la gomme de guar, à la demande du groupe Danone… La gomme de guar est une poudre blanche issue des graines de Cyamopsis tetragonoloba, une légumineuse dont 80 % de la récolte a lieu en Inde. Autorisée auparavant en tant qu’épaississant alimentaire, elle est commercialisable depuis 2010 au titre d’ingrédient pouvant entrer, à raison de quelques grammes, dans la composition des produits laitiers, des jus de fruits et légumes et des compotes. Soluble, la gomme de guar permet, comme en cosmétique, de former des gels. On peut considérer cet agent de texture naturel non issu du blé comme un nouvel atout dans la fabrication des pains sans gluten, qu’il permet d’aérer et de rendre plus moelleux. Dans d’autres produits agroalimentaires, le guar remplace l’amidon, les graisses ou le glucose. On s’en sert de même à la maison, pour épaissir plus sainement sauces et soupes. Dans ce cas, il est prudent de se le procurer en magasins bio (sous la marque Priméal, par exemple).

Du pain sans gluten

Une recette de pain sans gluten avec de la gomme de guar :
• 100 g de farine de riz complet
100 g de farine de teff
25 g de fécule de pomme de terre
25 g de farine de lupin 
300 ml d’eau de source tiède
1 sachet de levure de boulanger déshydratée (sans gluten)
1 cuill. à café de sucre de canne blond
1 cuill. à café de sel
1 cuill. à soupe d’huile d’olive 
1 cuill. à café de jus de citron
1 cuill. à café de gomme de guar.

Détails sur le site cuisine-saine.fr.

 

La pulpe de baobab

Autre arrivée remarquable, celle de la pulpe du fruit du baobab. Riche en antioxydants et en oligoéléments, la pulpe de baobab, même déshydratée, contient une grande quantité de fibres, sept fois plus de vitamine C que l’orange et deux fois plus de calcium que le lait. Réhydratée, elle est d’ailleurs utilisée au Sénégal, comme aliment pour les nourrissons et les enfants. Elle a été autorisée en juin 2008 comme nouvel ingrédient alimentaire.

Seules deux productions sont certifiées bio dans le monde, l’une en Afrique du Sud pour le marché nord-américain, l’autre au Sénégal pour le marché européen. Une ouverture dont a su profiter la société Agoji qui propose de la pulpe de baobab sous plusieurs formes : pure, associée à du cacao en poudre Dardenne pour préparer un chocolat chaud, dans des pastilles ou encore des barres de céréales (marque Baomix, en vente en magasins bio, marchés et centres sportifs, infos : www.baomix.com).

Autre création remarquée en Europe, celle des barres de céréales de la société allemande Frutelia & Letellier, qui propose trois versions saines, solidaires et délicieuses (nous avons pu les goûter). Sans gluten, sans conservateur, sans huile de palme et sans arôme, même naturel, elles sont à base de quinoa, d’amarante et de pulpe de baobab dans la proportion des 3 % conseillés pour la bonne tenue du produit (Wow!bab fruits rouges et chocolat, orange et chocolat ou à l’infusion de citron de Sicile, 30 g, 1,50 €, label BIO allemand, infos : www.wowbab.fr). La société Debardo intègre elle aussi la pulpe de baobab à ses encas Frui’délice labellisés AB (1,45 €, en magasins bio,
infos www.debardo.fr).

Chewing-gum biodégradable

Encore plus récent et plus technologique. Suite à son autorisation sur le marché en 2012, le chewing-gum biodégradable vient de faire son arrivée en Europe. C’est l’Irlande, qui a commencé à l’importer. Baptisé Rev7, ce chewing-gum que les Américains et les Canadiens mâchent déjà depuis plusieurs mois est réalisé par la société britannique Revollymer Ltd à partir d’une matière synthétique, qui peut donc contenir des résidus de substances toxiques. Mais il a un avantage de taille : tandis que les gommes classiques, composées de polymères résistants à l’eau, mettent plus de cinq ans à se dégrader, la gomme Rev7 se désagrège en six mois, notamment au passage des piétons, en milieu urbain. Elle contient également des polymères synthétiques non adhésifs et hydrophiles, qui la rendent facilement détachable des textiles. Cependant, comme le reconnaît un article du journal Le Monde qui commentait, en novembre, cette innovation, « le Rev7 n’a pas les qualités naturelles du Chicza », une gomme à mâcher bio (ré)inventée par des Mexicains à partir du chiclé, le latex issu de la sève du sapotillier. Le Chicza, lui, est entièrement naturel et se désagrège en moins d’un mois. En attendant l’arrivée en France du Rev7, on peut donc toujours se mettre du Chicza sous la dent (2,70 € le paquet de 30 g, 4 saveurs disponibles, en vente sur www.bioflore.fr, infos : www.chicza.com).

Sourire Wrigley au magnolia

Autre novel food à mâcher : l’écorce de magnolia. Elle a été mise sur le marché alimentaire de l’Union européenne en 2011, suite à la demande du géant américain du chewing-gum William Wrigley Jr. Company, qui évoquait son action rafraîchissante pour l’haleine. Pour une fois, pas de risque de toxicité dans nos chewing-gums puisque l’extrait d’écorce de magnolia (Magnolia officinalis) est utilisé depuis longtemps en médecine traditionnelle chinoise. Pour traiter les troubles de l’humeur, des sphères ORL et digestive, l’anxiété, et de façon générale améliorer la circulation de l’énergie dans le corps. De nombreux bienfaits thérapeutiques dus à sa teneur en magnolol et en honokiol sont aussi en cours d’évaluation : aide à la perte de poids, réduction du stress, traitement de la dépression, action anti-inflammatoire… Les chewing-gums et autres bonbons à la menthe pour lesquels il est autorisé en contiennent… 0,2 % (3 mg par chewing-gum ou confiserie). À savoir : l’écorce de magnolia entrait déjà dans la composition de nombreux produits aromatiques, cosmétiques et pharmaceutiques, et son huile essentielle dans celle de différents plats.

Le krill en renfort sur le marché des oméga 3

Plus médiatisée : l’huile de krill est venue en 2012 enrichir le marché des lipides. Il s’agit cette fois d’une nouvelle exploitation. Le krill est une petite crevette marine (Euphausia superba), qui aurait été longtemps consommée en tant que telle en Asie, séchée. On tire aujourd’hui du krill de l’Antarctique un lipide obtenu par extraction à l’acétone. Cet extrait lipidique est riche en oméga 3 associés à des phospholipides (jusqu’à 50 %), rendant ces derniers plus assimilables ; il comprend aussi un antioxydant, l’astaxanthine. Avantage environnemental : ce crustacé se trouve en début de chaîne alimentaire et se pêche en eaux plus profondes, il est donc moins chargé en métaux lourds que les poissons gras de grande taille (thon, saumon) qui, en tant que prédateurs, accumulent davantage ces substances nocives.

La pêche au krill n’est pas nouvelle puisque cette crevette des mers froides sert d’aliment dans les élevages de poisson ; le volume des prises, réglementé depuis 1993, fait d’ailleurs l’objet d’une surveillance internationale accrue depuis l’autorisation à la consommation alimentaire de l’huile de krill en Europe. Elle est en tant que novel food destinée aux produits laitiers (boissons), matières grasses tartinables, céréales de petit-déjeuner, boissons non alcoolisées, sauces, produits de boulangerie, substituts de repas hypocaloriques, plats médicaux et compléments alimentaires.

C’est pour cette dernière utilisation, c’est-à-dire au naturel et sans rien d’autre, que l’huile de krill se montre la plus intéressante, même si la transformation industrielle a tout à y gagner. La société canadienne à l’initiative de sa commercialisation propose toutefois d’ajouter cette mention sur les compléments qui en contiennent : « Les personnes souffrant de coagulopathie ou qui prennent des anticoagulants ou d’autres médicaments doivent discuter de leur situation avec leur médecin […] avant de prendre des compléments. » Ces compléments d’huile de krill sont déjà nombreux : on en trouve sous les marques Fleurance Nature, Œmine, ou encore Arkopharma… À noter : le produit, issu de la mer, ne peut revendiquer de certification biologique.

À Savoir

L’huile de krill est vendue en capsules de 300 ou de 500 mg, en pharmacies, parapharmacies, grandes surfaces, magasins bio et diététiques. Elle est plus chère que l’huile de saumon (en moyenne six fois plus) et que l’huile de foie de morue. Il faut compter environ 30 € pour 60 capsules de 500 mg.

Attention si vous vous les procurez sur internet car les sites frauduleux fleurissent.

Source : « Oméga 3. Mieux vivre et préserver sa santé », du Dr Dominique Rueff,
éd. Jouvence.

 

Grasse aubaine pour les multinationales

De manière générale, les lipides constituent un des grands axes de la novel food. La filière agroalimentaire cherche en effet à trouver d’autres sources d’oméga 3 que l’huile de poisson, qui en est riche mais qui contient aussi des polluants et qui surtout se révèle coûteuse pour les fabricants. Sans compter que le poisson devient synonyme de sur-pêche dans l’esprit de nombreux consommateurs… Au moins autant par souci d’économie et de rentabilité que par pur intérêt pour le consommateur, certains champignons et micro-algues ont donc fait récemment l’objet de recherches pour leur teneur en oméga 3. Et notamment en acide docosahexaénoïque (DHA), un acide gras polyinsaturé oméga 3 nécessaire au bon fonctionnement du cœur, du cerveau (97 % des oméga 3 du cerveau sont du DHA), de la rétine et des spermatozoïdes. Preuve de son importance, en 2010 l’ANSES faisait passer de 100 à 250 mg les apports nutritionnels conseillés pour le DHA.

Les micro-algues Schizochytrium sp. et Ulkenia sp. en contiennent 32 %. Autorisées depuis 2003 pour certains aliments (produits laitiers, matières grasses, céréales, compléments alimentaires, aliments diététiques destinés à des fins médicales…), elles peuvent depuis 2009 intégrer aussi les produits de boulangerie, barres de céréales et boissons non alcoolisées. L’huile extraite du champignon Mortierella alpina est, de même, autorisée, depuis 2008 à intégrer les préparations pour nourrissons, qu’elle enrichit ainsi en acide arachidonique oméga 6, car cette huile fongique en contient près de 40 %.

Huiles durables

Côté végétaux, les industriels se sont penchés sur l’huile de vipérine pourpre (ou vipérine faux plantain, Echium plantagineum). Elle est obtenue en raffinant l’huile extraite des graines de cette plante, qui pousse sur les terrains sablonneux du littoral méditerranéen. Une bonne idée car cette huile contient 10 % d’acide stéaridonique, un précurseur des oméga 3 (il permet à l’organisme d’en fabriquer). Elle entre depuis 2007 dans la composition des produits à base de lait, des pâtes à tartiner, des assaisonnements, des céréales de petits déjeuners, des compléments alimentaires, des produits diététiques destinés à des fins médicales et des produits de régimes hypocaloriques… Avec une limite maximale d’acide stéaridonique (SDA) précisée pour chaque utilisation. Cette huile est employée depuis longtemps en cosmétique, pour ses propriétés émollientes, calmantes et protectrices des peaux sensibles. Sa composition exacte se rapproche en effet des huiles d’onagre, de bourrache et de cassis. L’acide stéaridonique possède de plus des vertus anti-inflammatoires.

Le géant mondial Unilever a permis aussi l’arrivée de l’huile d’allanblackia, issue du fruit de cet arbre d’Afrique. Avec un avantage industriel (elle est solide à température ambiante, ce qui permet de l’intégrer à de nombreux produits, son point de fusion se situe à 34 °C), mais surtout environnemental puisque l’autorisation européenne intervenue en 2008 permet la production solidaire de cette huile, en partenariat avec des ONG, au Ghana, en Tanzanie et au Nigeria. D’un point de vue nutritionnel, l’huile d’allanblackia contient environ 50 % d’acide stéarique et 50 % d’acide oléique. Unilever a obtenu un prix de l’Innovation au salon Health Ingredients Europe en 2010 pour son projet de production durable de cette huile végétale.

Le dernier novel food à avoir obtenu son autorisation, est une huile produite sur le même schéma de filière durable en Amazonie. Il s’agit de l’huile d’inca inchi (Plukenetia volubilis), une plante originellement cultivée par les Incas et dont les graines sont particulièrement riches en nutriments et acides gras. Une demande d’autorisation était en cours depuis 2005 et vient donc d’aboutir, ouvrant enfin des débouchés européens à cette filière de production respectueuse. Celle-ci a été mise en place via une coopérative, en partenariat notamment avec Maisons du Monde, Man & Nature et l’organisation Latitud Sur.

Voilà donc quelques nouveautés à saluer sans pour autant adhérer à la démarche de l’Union européenne. Dans le cadre d’une alimentation idéale, nous vous conseillons d’ailleurs de ne pas consommer les produits transformés pour lesquelles ces « nouveautés » ont été le plus souvent autorisées. En revanche, vous pouvez vous tourner sans problème vers le jus de noni, la pulpe de baobab, la graine de chia ou encore vers l’huile de krill. Et si vous avez envie de faire de nouvelles découvertes, tournez-vous vers tous ceux qui sans être des novel food, et pour cause, sont à découvrir avec bien plus de bienfaits pour la santé (chez Guayapi, Ecoidées, Bio-Exo… et en boutiques bio). 

Isabelle Petiot

1 commentaire

Connectez-vous ou inscrivez-vous dès maintenant pour publier un commentaire !
dominique
24 sept. , 2013, 10:00
Signalez un abus

Maisons du Monde??? Vendeurs de meubles, vaisselle et bibelots dans le secteur de la grande distribution, ils se lanceraient dans l'alimentaire??


Répondre

Retour en haut