Curcuma et curcumine : quels sont leurs bienfaits ?

PUBLIÉ LE 20 novembre 2018
 

Antioxydante, anti-inflammatoire, anticancereuse, anti-Alzheimer... De nombreuses voix prônant la santé au naturel prêtent au curcuma et à son principe actif, la curcumine, mille et une vertus. Si cette épice dispose bel et bien de qualités avérées, elle n'est pas pour autant la panacée !

Utilisé depuis longtemps en Occident comme épice pour colorer les plats et leur donner un petit goût d'ailleurs, le curcuma a fait il y a quelques années une entrée fracassante dans le cercle des compléments alimentaires santé, notamment sous forme de gélules. Si les bienfaits de l'épice pour la digestion et l'inflammation sont archi-reconnus de longue date, ceux de la curcumine restent à confirmer.

Le doigt du soleil

Originaire d'Asie du Sud-Est, Curcuma longa est une plante de la famille des Zingibéracées (comme le gingembre), dont nous consommons le rhizome en forme de doigt. Celle que les Indiens de l'époque védique appelaient "herbe du soleil" est cultivée depuis au moins 6000 ans sur le sous-continent ainsi qu'en Chine, à des fins multiples : culinaires, thérapeutiques, cosmétiques, colorantes et religieuses. Commercialisée en Europe par les Romains, elle est redécouverte par Marco Polo au XIIIème siècle lors de son voyage en Chine. Et c'est au XVIIème siècle que des traités médicaux français commencent à faire référence au curcuma, que ce soit pour traiter les affections de la peau ou des yeux, la perte d'appétit ou les calculs rénaux.

Il cure, il cure, le curcuma

Amidon, lipides, protéines, fibres, minéraux et vitamines : côté nutritionnel, le rhizome de curcuma est bien loti. Une cuillère à café de poudre (2 g) apporte un peu de fibres, 8 kcal seulement et couvre 9% des apports journaliers recommandés (AJR) en manganèse et 7% en fer.

Mais son trésor, ce sont les curcuminoïdes. Ces pigments ocres aux propriétés antioxydantes puissantes peuvent contribuer à ralentir la détérioration cellulaire. La star des curcuminoïdes, c'est la curcumine, qui fait l'objet de (très) nombreuses recherches.

Grâce à sa curcumine, le curcuma a des effets antioxydants, anti-inflammatoires et antibactériens indéniables. Il stimule aussi les sécrétions et l'évacuation de la bile. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'il soit reconnu par l'Organisation mondiale de la santé pour traiter la dyspepsie : si l'on est sujet aux remontées acides, ballonnements, crampes d'estomac, nausées, perte d'appétit, pets ou constipations, manger du curcuma peut aider. Idem en cas de maladies inflammatoires comme l'arthrite rhumatoïde ou l'arthrose... à condition de bien l'accompagner.

Du goût ou des gélules ?

Car le problème de la curcumine, c'est qu'elle a du mal à passer la barrière de l'intestin et tend à quitter rapidement l'organisme. Pour y remédier, il faut l'ingérer avec de la pipérine, que l'on trouve dans le poivre, des matières grasses (huile d'olive par ex.) ou du gingembre. Ceci à raison d'une cuillère à café tous les jours (dans des plats ou sous forme de jus, par exemple).

De quoi éventuellement lasser nos petits palais occidentaux, peu exercés aux épices. D'autant que la poudre ne contient que 5% de curcumine. Autant dire qu'il faut en manger, des currys, pour avoir la dose quotidienne de 500 mg à 2000 mg de curcumine recommandée en cas d'inflammation ! D'où l'éventuel intérêt des extraits normalisés de curcuminoïdes, commercialisés sous forme de gélules. A noter : de hautes doses peuvent irriter l'estomac et l'intestin. Mieux vaut donc informer son médecin de toute supplémentation, qui est à éviter chez les enfants, les femmes enceintes et allaitantes et en cas d'obstruction des voies biliaires.

Mais au fait : la curcumine est-elle vraiment efficace pour tout ?

L'efficacité de la curcumine à confirmer

Des milliers d'études sur les effets de la curcumine (isolée du curcuma) ont été publiées depuis les années 1990, et nombreuses sont celles à en tirer des conclusions galvanisantes. Ainsi, la curcumine à haute dose améliorerait la mémoire, entraverait la progression de la maladie d'Alzheimer, offrirait des perspectives pour traiter le cancer, provoquerait la mort des cellules cancéreuses, aiderait à prévenir le diabète, etc. En 2017, ces perspectives encourageantes ont été tempérées par une méta-analyse portant sur près de 2000 études. Pointant, d'une part, le fait que beaucoup d'entre elles ont été réalisées in vitro ou sur des animaux, et d'autre part, que la curcumine est une molécule très réactive, susceptible de fausser l'extrapolation sur l'humain, les auteurs estiment que l'existence des effets thérapeutiques de la consommation de curcumine reste à prouver.

Mais l'espoir ne faiblit pas. Récemment, des scientifiques ont ainsi conçu un prototype de collyre à base de curcumine, qui s'avèrerait efficace pour protéger le nerf optique en cas de glaucome. Et puis, en attendant, reste le curcuma tout court. La bonne vieille poudre jaune qui, depuis des millénaires d'utilisation, en a toujours dans le ventre pour curer le nôtre.

Livres et sites de référence :

Gingembre et curcuma, Claire Pinson et Carole Minker, ed. Eyrolles, 2012

Anti-cancer, David Servan-Schreiber, ed. Robert Laffont, 2010

Cuisinez avec les aliments contre le cancer, Richard Béliveau, Denis Gingras, ed. Robert Laffont, 2008

Passeport Santé

Quelques études scientifiques

"The Molecular Targets and Therapeutic Uses of Curcumin in Health and Disease", Advances in experimental medicine and biology, Vol 595, Bharat B. Aggarwal, Young-Joon Surh, Shishir Shishodia (Springer, 2007) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17569207

"Tissue distribution and elimination of capsaicin, piperine & curcumin following oral intake in rats",  Pbd Suresh, Krishnapura Srinivasan, The Indian Journal of Medical Research, 2010

"Cancer risk and diet in India", Sinha, Anderson, McDonald, Greewald, Journal of Postgraduate Medicine, 2003

"Curcumin induces apoptosis in human non-small cell lung cancer NCI H460 cells through ER stress and caspase cascade and mitochondria-dependant pathways", Shin-Hwar Wu, Liang-Wen Hang et al.  Anticancer Research, 2010

  1. « Curcumin for neuroprotection : taking a second look at results », American journal of geriatric psychology, 2018

« The essential medicinal chemistry of curcumin » Journal of medicinal chemistry, janvier 2017

Monographs of selected medicinal plants, vol 1, OMS

Diana Semaska