La tango thérapie a le vent en poupe !

PUBLIÉ LE 07 june 2013
 

DANSE. Pour vivre vieux et en bonne santé physique et mentale, « tanguons » sans modération. Certains hôpitaux de Buenos Aires utilisent le tango pour inciter les malades à s’ouvrir aux autres, à renouer en douceur avec le monde. En France, la danse est aussi une belle façon de lutter contre la psychose et la dépression.

« Voulez-vous m’accorder cette danse ? » Dans un hôpital, la question est incongrue. Pas en Argentine, où plusieurs établissements de soins ont choisi l’apprentissage du tango comme thérapie. C’est le cas du Borda, un hôpital psychiatrique pour hommes, où, dans une atmosphère conviviale, une vingtaine de femmes bénévoles viennent chaque jour apprendre aux patients masculins les pas de cette sensuelle danse latine. Né à la fin de XIXsiècle dans les quartiers populaires de Buenos Aires et de Montevideo, le tango est inscrit depuis 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Le résultat auprès des patients est probant. Parce qu’elle requiert une grande concentration et qu’elle aide à garder le contact avec la réalité, tout en créant un rapport avec l’autre, la danse du Rio de la Plata limite les hallucinations et autres troubles des malades mentaux au moins durant l’heure de cours, alors qu’ils dansent collés serrés, occupés à bien faire leurs pas. Au lieu de rester emprisonnés dans leur univers, ils vont soudain vers l’autre et recherchent le contact physique. Ils s’ouvrent au monde qui les entoure.

Rompre l’isolement

On retrouve le même concept à l’hôpital public Ramos Mejía, également dans la capitale argentine, mais appliqué aux personnes âgées. L'objectif ici est différent : combattre la dépression, la solitude et la sensation de vide.

« Le désœuvrement guette les personnes qui viennent de prendre leur retraite : le tango leur permet de rompre rapidement l’isolement, d’améliorer leur niveau d’activité physique et de renouer avec une vie sociale et affective plus active », explique Alba Balboni, responsable de l’atelier Carlos Gardel, du nom d’un célèbre chanteur compositeur de tango.

Désormais, la « tango thérapie » est aussi proposée par les médecins argentins à leurs patients souffrant de toutes sortes de pathologies. Elle permet, entre autres, de retrouver le sens de l’équilibre et du mouvement et donc de réduire le risque de chutes et de fractures, de lutter contre l’ostéoporose, de renforcer le muscle cardiaque, de diminuer la tension artérielle, et d’avoir un impact sur les troubles de la mémoire.

Il faut être deux…

Bien entendu, à lui tout seul, le tango ne guérit pas. Mais son effet thérapeutique est indéniable. Utilisée pour expliquer que, dans tout conflit, les responsabilités sont souvent partagées, l’expression « il faut être deux pour danser le tango », semble être la clé de cet effet. Les deux partenaires doivent compter l’un sur l’autre et sont tout autant indispensables. « C’est le fait de serrer l’autre dans ses bras qui rend cette danse magique, créant une sorte de rapport amoureux », constate Silvina Perl, psychologue à l’hôpital Borda.

Tant pour l’homme que pour la femme, le tango argentin, au travers de l’abrazo (l’enlacement) et au-delà de la conscience corporelle, favorise le rapprochement et le contact avec l’autre ainsi que les liens émotionnels et relationnels. Véritable oasis de convivialité, il relie l’individu au couple, au groupe, à la musique et aux émotions.

En France, la danse thérapie

« Dans le tango, comme dans la vie, de la patience et une certaine attente sont requises », assure la psychothérapeute française Claire Baudin. « C’est le soupir, la respiration entre deux pas, qui rend la danse belle, qui rend un couple beau à regarder. Oui, le tango est une question d’attente et de désir. Ce n’est pas une attente passive, c’est une attente dansée, respirée, et écoutante, corporellement parlante, pour être en relation avec l’autre de façon plus juste et fine. C’est à ce prix-là que nous pouvons retrouver la joie de vivre ensemble. »

Dès le début de sa pratique professionnelle, alors qu’elle vivait toujours à Paris, Claire Baudin a utilisé la danse thérapie. Désormais installée à Saint-Benoît-des-Ondes, en Bretagne, elle continue à y avoir recours. « Je reçois des personnes déprimées, voire névrosées, qui ont des problèmes avec l’estime de soi, avec un parent ou leur conjoint, raconte-t-elle. Souvent, elles ne peuvent plus avancer. Alors je les prends au mot et je leur suggère la danse comme thérapie, pour qu’elles se mettent à bouger et qu’elles retrouvent le contact avec les autres. Après un temps de parole, je leur demande de se lever et de marcher, sans chercher à faire des figures. Je les fait tra­vailler debout et en mouvement, avec ou sans musique. C’est un travail d’articulation corps-parole-mental-émotion. »

Le rythme, c’est la vie

Claire Baudin a commencé cette démarche de danse thérapie par l’expression primitive, la substantifique moelle de la danse africaine. « Cette technique s’articule autour du rythme, de la voix et des gestes fondamentaux de la vie quotidienne : tirer, pousser, jeter, balancer… Herns Duplan, un danseur haïtien de la compagnie Katherine Dunham en est le fondateur dans les années soixante-dix en Europe. Je l’utilise pour aider mes clients à exprimer leur colère mais aussi et avant tout pour qu’ils puissent sentir leurs pulsations cardiaques au bout de leurs doigts et de leurs pieds. Une découverte importante et palpitante. Le rythme, c’est la vie en nous, c’est notre cœur qui bat depuis notre fécondation. Nous avons été bercés dans le ventre de notre mère au rythme de ses mouvements corporels internes, de sa respiration et de sa marche. » La marche, Claire Baudin y revient toujours. « C’est déjà une danse en soi et c’est la base du tango. »

 

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Luc Ruidant