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Les dessous de 
la consommation locale

Les dessous de 
la consommation locale

Le local revient dans nos assiettes. Les Français sont de plus en plus sensibles à l’origine des produits qu’ils consomment. Dans une enquête menée en 2013 dans le cadre du projet Codia (« Circuits courts en Europe : Opportunités commerciales et dialogue avec la société ») soutenu par le ministère de l’Agriculture, 42 % des personnes interrogées déclarent avoir acheté un produit issu d’un circuit court au cours du mois précédent. Des chiffres qui prouvent que la consommation locale s’est répandue au-delà des habitués.

Militants, mais pas uniquement

« Vers la fin des années 90, il y a eu un regain d’intérêt pour ces pratiques, notamment à cause des crises sanitaires comme la vache folle, détaille Yuna Chiffoleau, sociologue et chargée de recherche à l’INRA. En même temps, la consommation responsable est devenue médiatique et les préoccupations pour le développement durable se sont amplifiées ». Ainsi, la proximité devient signe de garanties.Qui sont alors ces consommateurs ? « Des militants, mais aussi des consommateurs traditionnels qui ont toujours agi de la sorte : des retraités ou des personnes habitant en milieu rural. Il y a aussi le grand public sympathisant, comme les jeunes couples qui, au moment de leur premier enfant, commencent à s’intéresser à leur alimentation. Toutes catégories confondues, il s’agit majoritairement de personnes avec un pouvoir d’achat élevé et/ou éduquées », analyse la chercheuse. Si les catégories socioprofessionnelles supérieures sont surreprésentées parmi les acheteurs, les nouveaux consommateurs (ceux depuis moins d’un an ou entre un et cinq ans) sont principalement issus d’autres catégories socioprofessionnelles, comme les employés ou les ouvriers.

Jusqu’où vont les circuits courts ?

La définition officielle, depuis 2009, reconnaît comme circuits courts les modes de commercialisation des produits agricoles qui s’exercent soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire. Manger local ne se définit donc pas forcément en termes de kilomètres ! « Il était difficile d’inscrire un périmètre, explique Yuna Chiffoleau. D’abord, pour inclure les ventes par internet. Ensuite, parce qu’il existe des régions où, par manque de marchés locaux, les paysans sont obligés de faire plus de 250 kilomètres pour vendre leurs produits. » L’Ademe considère toutefois qu’un circuit court doit se limiter à 150 kilomètres. De plus, la présence hebdomadaire du producteur sur le lieu de distribution, comme c’est le cas pour de nombreux points de vente, impose de fait une certaine proximité. « Dans les Amap, le producteur doit être là à toutes ses distributions, cela pose une limite de distance », note Michel Frechou, administrateur des Amap Ile-de-France.

Mange-t-on vraiment mieux ?

Les motivations des consommateurs sont multiples. On retient l’envie de faire marcher l’économie d’un territoire ou de faire un geste pour la planète. Mais c’est avant tout la qualité et la fraîcheur des produits qui sont mises en avant. Attention toutefois à ne pas confondre fraîcheur et biologique. En réalité, seules 10 % des exploitations qui vendent en circuit court sont bio. En circuit long, ce chiffre tombe à 2 %. Cinq fois plus ! Problème, l’enquête Codia montre que 44 % des sondés pensent que les produits achetés en circuits courts sont bio… Autre confusion commune : celle d’associer produits locaux et produits du terroir. « Beaucoup de personnes imaginent qu’en achetant un camembert AOC, elles consomment en circuit court, alors qu’il s’agit seulement d’un produit du terroir », prévient Yuna Chiffoleau. La limitation du nombre d’intermédiaires n’étant donc pas imposée dans ce cas. Certaines marques l’ont d’ailleurs bien compris et n’hésitent pas à jouer sur l’image du produit authentique et traditionnel, photo en noir et blanc d’un paysan à l’appui…

Information détaillée

C’est pourquoi les consommateurs sont en demande d’informations complètes, notamment sur l’origine géographique et les modes de production. « Les collectivités peuvent jouer un rôle clé en travaillant avec les réseaux de circuits courts pour imposer plus de transparence à travers le respect de chartes, par exemple », note la sociologue. Certains réseaux le font déjà en inscrivant l’agriculture biologique dans leur règlement. « La charte nationale des Amap impose à nos producteurs de produire de façon biologique ou d’être en reconversion vers le bio, témoigne Michel Frechou. Le fait que nous nous rendions régulièrement sur les exploitations est aussi une garantie puisque nous voyons comment ils travaillent ». Sinon, le mieux reste de s’informer directement auprès de son marchand. 

 

Réseaux

Où consommer local ?

Il existe plusieurs solutions pour consommer des produits locaux. Les petits producteurs sur les marchés sont la solution privilégiée des consommateurs. Viennent ensuite les ventes directes à la ferme et les points de vente collectifs, c’est-à-dire des magasins gérés par un collectif de producteurs. Enfin, les Amap sont moins plébiscités, de même que les drives fermiers, qui se développent depuis quelques années. M. S.

 

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