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Jean-Marie Pelt : apprendre à vivre mieux avec moins

Jean-Marie Pelt : apprendre à vivre mieux avec moins

Bio Info : Conférences, ouvrages, présidence de l’Institut européen d’écologie… vous semblez présent sur tous les fronts. Depuis combien d’années militez-vous pour la sauvegarde de l’environnement ? Qu’est-ce qui vous y a mené ?

Jean-Marie Pelt : L’Institut européen d’écologie a été créé il y a quarante ans. J’avais fait de l’écologie en 1967, en Afghanistan, je connaissais ce domaine en tant que scientifique. En 1971, j’ai été élu adjoint du maire de Metz et nous avons créé un cours d’écologie à l’université. Puis l’Institut européen d’écologie a suivi. Ces démarches correspondent à ma sensibilité de naturaliste.

B. I. : Comment restez-vous optimiste face aux enjeux cruciaux que sont le dérèglement climatique, la faillite du modèle capitaliste, l’exacerbation des tensions liées à l’immigration ?

J.-M. P. : Il faut être réaliste, engagé et volontariste. Il ne s’agit pas de baisser les bras, les menaces sont, en effet, multiples et imminentes. J’agis à mon échelle, avec les moyens du bord, en tentant de faire avancer des idées salvatrices qui devraient s’imposer.

B. I. : On sait que la nature vous inspire beaucoup, quels enseignements tirez-vous d’elle en ces moments de grands bouleversements, d’importants défis ?

J.-M. P. : La nature montre de la cruauté, de la compétition, mais également de la coopération qui peut nous inspirer. Quand on entend combien les termes guerriers caractérisent aujourd’hui notre langage : « combat politique », « guerre économique », on se dit qu’il faudra que la coopération l’emporte. Nous vivons tous en interdépendance les uns des autres, nature y compris : c’est cette idée que défend l’écologie.

B. I. : Vous défendez également l’idée d’un nouveau paradigme par la mise en œuvre d’autres valeurs, pouvez-vous expliquer ?

J.-M. P. : Nous sommes dans un monde qui n’a plus de référents, qui n’a plus beaucoup de repères et qui a peu de valeurs autres que celle de l’argent. J’ai noté que l’écologie possède des valeurs qui sont celles de toutes les grandes religions, aussi bien de l’Orient que de l’Occident : solidarité, partage, sobriété, respect de la diversité au cœur de la société humaine et dans la nature. Modifier notre rapport à la nature pour le rendre plus partenarial et plus harmonieux, travailler avec elle comme on fait de l’aïkido plutôt que de la dompter, c’est à cela que l’on doit arriver. J’ai d’ailleurs écrit un livre intitulé « Nature et spiritualité » à ce sujet. Il nous faut apprendre, sans plus tarder, à vivre mieux avec moins, en mettant plus d’humanité, de bonté et moins de consommation dans nos comportements. C’est aussi ce qui m’a donné l’envie d’écrire le tout récent ouvrage « Heureux les simples ». Je voulais parler de ces « athlètes de l’amour ». En cette période où la politique nous agite, j’ai pensé que c’était bien de mettre en exergue un grand chef d’État tel que Robert Schuman [NDLR : l’un des pères de la construction européenne], mais aussi mère Teresa, ou encore le père Roger, fondateur de Taizé [NDLR : communauté monastique et œcuménique chrétienne]. Ces personnes ont été des modèles éblouissants, elles ont fait honneur à l’humanité.

B. I. : Quelles pistes concrètes, selon vous, pour ce nouveau paradigme ?

J.-M. P. : Prendre le tournant de la crise énergétique, comprendre que nous devons développer absolument et de manière absolue des énergies vertes, renouvelables, c’est déjà un changement extrêmement important. Les hydroliennes [NDLR : turbines sous-marines qui utilisent l’énergie cinétique des courants marins] sont très prometteuses, par exemple. Il y a urgence, aussi, à réfléchir sur de nouvelles pratiques agricoles quand on sait l’impact des pesticides sur la détérioration de la santé et sur la destruction de la biodiversité. Une autre urgence, dont on entend peu parler, est la nécessité de prévoir, de s’adapter, de s’équiper concrètement – ailleurs et chez nous – pour faire face aux dérèglements climatiques. Mais alors que les partis politiques doivent saisir ces enjeux importants, que voit-on ? Ils sont confrontés à l’urgence de savoir si l’euro et si l’Europe vont subsister. Si l’on avait fait une Europe fédérale plutôt qu’une Europe des nations – comme le voulait Robert Schuman, justement – on n’en serait pas là ! Si le politique a un rôle important à jouer à ces niveaux, il est cependant indispensable que la population soit également très engagée sur ces problématiques. Ceci dit, il n’y a rien de pire que de faire de l’« ayatollisme » écologique et de dire, par exemple, que dorénavant le vélo doit devenir le maître des modes de déplacement. Je suis très réticent quand je vois l’écologie défendre des idées fixes telles que le vélo ou les toilettes sèches. Il faudra continuer de pouvoir se rendre en ville, autrement qu’à vélo, notamment pour les personnes âgées.

B. I. : Vous venez de publier « Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme ! », quelles solutions proposez-vous au problème des pesticides ?

J.-M. P. : Le Grenelle de l’Environnement a prévu que l’on réduise de 50 %, en 2018, l’utilisation des pesticides. Cela est possible et l’on peut même faire mieux ! Les dernières recherches menées par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) vont dans le bon sens. Les scientifiques se mobilisent de manière générale sur ce thème en essayant, par exemple, de stimuler les défenses naturelles des plantes. En 2050, on sera 9 milliards sur Terre et on pourra nourrir toute la planète en bio ! 

 

À lire

« Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme ! Pour en finir avec les pesticides », de Jean-Marie Pelt, éd. Fayard, 2012.

« Heureux les simples », de Jean-Marie Pelt, éd. Flammarion, 2011.



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