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Le vaccin des abeilles

Le vaccin des abeilles

La première fois que j’ai visité une ruche, c’était dans les bras de mon père et j’avais environ deux ans. Mon père, comme tout apiculteur passionné, souhaitait au plus tôt transmettre à chacun de ses enfants le goût du miel, bien entendu, mais surtout cette admiration et ce respect des abeilles, de leur monde fascinant et supérieur. Pour ce premier contact, le baptême fut à la hauteur, puisqu’une abeille me piqua dans le blanc de l’œil et que le docteur fut appelé d’urgence pour m’extraire le dard qu’elle y avait courtoisement laissé. Quel message avait-elle voulu me faire passer ? Je l’ignore encore. Cependant, un lien indestructible s’était créé entre les petites butineuses et moi. À ce moment-là les abeilles étaient plus pugilistes et elles tenaient la forme, c’est certain !

Elles ne sont hélas plus dans cette condition aujourd’hui. Depuis quelques années, le déclin massif des abeilles inquiète. Des articles, des livres ont été écrits, des films ont été réalisés sur le sujet. Entre 50 et 90 % des abeilles ont disparu depuis quinze ans. Alors aujourd’hui, lorsqu’on lit le nouveau rapport scientifique qui vient d’être publié ce 9 avril par Greenpeace1 sur l’extinction des abeilles, on ne peut que s’insurger contre l’absence de mesures concrètes pour les protéger. L’étude souligne le rôle fondamental que jouent les populations saines d’abeilles en termes écologiques mais aussi économiques et insiste sur l’urgence d’éliminer les pesticides qui les menacent vraiment. Proscrire ces pesticides ce serait un grand pas en avant pour protéger la santé des abeilles et sauvegarder leur valeur de pollinisatrices, vitale pour l’écosystème et la production alimentaire en Europe et dans le monde.

Car si les causes du déclin sont multiples, maladies et parasites, changements climatiques, pratiques agricoles industrielles, etc., le rôle mortel des pesticides est incontestable, avec entre autres les néonicotinoïdes, tueurs par excellence. Ces pesticides provoquent une maladie du cerveau des abeilles, c’est ce que suggère une nouvelle étude en la matière2, une sorte de maladie d’Alzheimer au final, puisqu’elles perdent leur capacité d’apprentissage et de rétention, et qu’elles ne reconnaissent plus ni leur ruche ni leur espace.

Il faut arrêter le massacre.

Et interdire sept pesticides, sinon l’espèce va disparaître. Et trois, tout particulièrement. On pourrait donc procéder par étapes. Mais pour cela, il faut un consensus. La Grèce s’est opposée en mars à l’interdiction pour deux ans des néonicotinoïdes souhaitée par la Commission européenne. Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent, les apiculteurs grecs parviennent encore à éviter les exploitations agricoles et donc les pesticides, dans un pays qui ne comporte que 30 % de superficie dédiée à l’agriculture. Et donc que la Grèce ne connaît pas la mort des essaims. Pas encore.

Pourtant la prise de conscience fait tache et on avance dans cette bataille. Il faut simplement continuer à s’en rappeler l’enjeu. Alors, la prochaine fois que vous voyez une abeille tourner autour de vous, ou que vous la voyez se poser sur une fleur, souvenez-vous à quel point elle est importante pour nous, pour notre survie, pour la planète. Puisqu’à peu près un tiers des cultures destinées à notre alimentation est pollinisé par les abeilles et d’autres insectes. Et que pratiquement 90 % de toutes les plantes sauvages qui existent, c’est grâce aux abeilles et aux autres insectes pollinisateurs, eux aussi menacés par les pesticides1.

Il y a quelques jours, nous participions au salon Valériane. Un moment savoureux, pendant lequel j’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs d’entre vous. À l’issue de ces trois jours de connexions privilégiées, ma voisine de stand est venue me saluer, tenant dans ses mains un pot de fleurs de bourrache : Je vais la planter dans mon jardin, c’est bon pour les abeilles. La lavande aussi, d’ailleurs, je vais aussi en mettre. En attendant un accord des États membres de la Commission et les mesures de suspension temporaire envisagées, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Et jardiner bio, évidemment, et traquer la moindre particule de pesticides. On va y arriver. C’est sûr. On va les sauver, mes petites amies. 

1.  Téléchargeable sur www.bees-decline.org
2.  www.bbc.co.uk/news, Neonicotinoid pesticides ‘damage brains of bees’ , By Rebecca Morelle Science reporter, BBC World Service, March 2013


 


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