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Passif ou basse énergie ?

Passif ou basse énergie ?

La définition d’une maison passive répond à des critères officiels bien précis. Ce n’est pas du tout le cas pour la maison basse énergie. Pas inutile donc de faire le point sur ces deux options qui ont chacune leurs points forts, mais aussi leurs points faibles. Pas si simple de faire un choix.

Des critères stricts

Pour être reconnu comme passif, un bâtiment doit répondre à plusieurs critères précis. Entre autres, le besoin en énergie pour le chauffage doit être inférieur ou égal à 15 kWh/m²/an, soit l’équivalent de 1,5 litre de mazout par mètre carré et par an. Un niveau qui n’a pas été déterminé par hasard : il permet d’assurer les besoins en chaleur d’une habitation sans devoir recourir à une installation de chauffage classique ! Ce sont notamment les apports solaires passifs, les occupants et les équipements électriques, telle la ventilation mécanique contrôlée (VMC), qui assurent le confort agréable de ce type de maison. 

À l’inverse, il n’existe aucune définition officielle de ce qu’est une maison basse énergie. On considère en général que la consommation d’une telle habitation ne doit pas dépasser 60 kWh/m²/an, et 30 kWh/m²/an pour la très basse énergie. Mais il ne s’agit pas de normes. Ces chiffres ne sont pas non plus sanctionnés par une certification comme pour le passif. Ni par des subsides équivalents !

Quelle balance coût-efficacité ?

Selon les sources, la maison passive coûterait entre 15 % et 20 % de plus qu’une maison traditionnelle. En revanche, la facture énergétique d’une maison passive est de quatre à dix fois inférieure ! 

Un investisseur peut donc espérer rentrer dans ses frais en une vingtaine, voire une dizaine d’années, grâce aux économies d’énergie réalisées. Et il ne sera pas obligé de changer de chaudière dans vingt ans ! C’est un surcoût qui peut de surcroît être réduit à quelques pour cent, dans le cas de projets de logements collectifs. Mais il faut pour cela en finir avec cette idolâtrie de la villa quatre façades. Par ailleurs, on peut construire passif pour un budget identique à une maison bien isolée, mais cela implique par exemple de passer par un volume plus petit, ajoute Emmanuel ‘s Heeren de la Plate-forme Maison Passive. Rentable à long terme, la maison passive ? 

Pas selon Laurent Minguet, à la base d’un concept de maison très basse énergie ne consommant que l’équivalent de trois litres de mazout au m² et par an. Interviewé dans le cadre du projet Recentre(*), l’homme affirme : Aujourd’hui, en Belgique, un litre de chaleur la plus chère au mazout coûte un peu moins d’un euro. Si on améliore ces constructions pour qu’elles ne consomment plus qu’1,5 l, et correspondent ainsi à la norme passive, cela occasionne un surcoût de 100 € du m². Est-ce rationnel d’investir 100 € par mètre carré pour économiser 1,5 l, c’est-à-dire 1,50 € /an. Non ! Est-ce meilleur pour l’environnement ? Non, si j’utilise de l’énergie renouvelable qui est disponible à profusion. Favoriser les économies à long terme avec le passif ou les énergies renouvelables avec l’habitat très basse consommation, on le voit les conceptions divergent. Tout dépendra aussi du prix réel de l’énergie dans le futur.

2020 : objectif passif

Cette question du coût laisse également Benoît Remy dubitatif. Fondateur de la Terre Académie et ardent défenseur de l’éco-construction, il pointe aussi le niveau technique exigé pour construire passif. Ce n’est pas la filière des maisons passives qui permettra de faire baisser les prix de la construction déjà très élevés. Au contraire. Une maison passive c’est une habitation haut de gamme. Réaliser une étanchéité à l’air parfaite, par exemple, c’est presque un travail de chirurgien. Est-ce qu’on peut attendre d’une équipe d’ouvriers d’être à 100 % concentrée sur un tel travail du lundi au vendredi ?

Les maisons passives exigent effectivement une formation poussée que tous les professionnels sont loin de maîtriser aujourd’hui. C’est en partie vrai aussi pour les maisons basse consommation. Dans les faits, la construction passive connaît cependant peu de ratés. Selon la Plate-forme maison passive, moins de 2 % des bâtiments ne satisfont pas aux critères demandés. Mais le manque d’artisans et d’architectes formés aux fortes exigences du passif (étanchéité à l’air, ponts thermiques…), risque bien de poser certains problèmes à l’avenir. En 2020, l’Europe imposera la maison autonome en énergie, dite zéro énergie, pour les nouvelles constructions. Ce qui impliquera quasi d’office le recours au passif. Or 2020, c’est demain. Que se passera-t-il alors ? La qualité de l’offre sera-t-elle à la hauteur de la demande ? Nul ne le sait. Une chose est sûre, les maisons passives d’aujourd’hui resteront passives demain et après-demain. On n’ira pas plus loin en matière d’isolation.  

 

Nature ou technologie ?

Le choix entre passif et maison basse énergie peut aussi être guidé par des raisons plus philosophiques. C’est l’avis de Benoît Remy. Je suis plus spontanément attiré par une maison qui vit d’elle même, sans ‘assistance respiratoire’. On peut d’ailleurs obtenir le même niveau de performance que le passif, sans VMC et tout l’équipement qui va avec. Il suffit d’utiliser des matériaux écologiques qui respirent naturellement : le bois, la paille, la terre… Mais si vous faites une maison passive avec du polyuréthane ou de la laine de roche, évidemment qu’il faut une ventilation ! De fait, et bien qu’il véhicule une image de haute qualité, le standard passif ne prend pas en compte l’origine des matériaux, leur caractère éthique, renouvelable ou leur éventuelle toxicité. À sa décharge, ce n’est pas le cas du basse énergie non plus !

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