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Au bout du pinceau, les peintures bio

Au bout du pinceau, les peintures bio

L’air de nos maisons est souvent plus pollué que l’air extérieur : en 2006, selon une étude de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, il l’était huit fois plus dans un quart des logements français. Les composés organiques volatiles (COV), contenus dans les peintures (mais aussi les revêtements de sol, les parfums et nettoyants ménagers et certains tissus), sont responsables de la plus grande partie de cette pollution. Selon le magazine Que Choisir, quatorze jours après avoir fait des travaux de décoration, on peut se retrouver avec des taux de COV dépassant plus de 1 000 μg par m3 ! Sans conséquence ? Pas si sûr : les COV sont soupçonnés d’être responsables de maux tels que céphalées, allergies, irritation des yeux et des voies respiratoires, vertiges, sensation de fatigue, nausées et troubles de la concentration. On les évite donc au maximum.

EN PRATIQUE

Quelle composition ?

Les marchands de couleurs bio s’inspirent de recettes anciennes composées de liants à base d’huile de lin, de ricin, de romarin, de lavande, de cire d’abeille, de résines naturelles, de caséine ou de craie. Les solvants sont souvent des distillats d’agrumes. Les pigments sont soit d’origine végétale (valériane, thé, oignon…) soit d’origine minérale (terre de Sienne, oxydes de fer…). Exemptes de composés chimiques, de telles peintures ont aussi l’avantage d’être plus pénétrantes (grâce à l’huile de lin, notamment), plus respirantes (car perméables à la vapeur d’eau) et plus microporeuses que leurs consœurs issues de la chimie de synthèse. Enfin, contrairement aux arguments souvent avancés par les fabricants de peintures conventionnelles, si elles sont mises en œuvre dans de bonnes conditions, elles offrent une durabilité égale ou supérieure.

Quels labels ?

Alors que les peintures conventionnelles affichent des taux de COV allant de 30 (pour les peintures intérieures mates) à 300 g par litre (pour les peintures acryliques à usage finitions), le label Nature Plus, le plus exigeant sur ce marché, n’en accepte que 0,75 g par litre. « Cette marque est une garantie à la fois environnementale et sanitaire car elle prend en compte non seulement la teneur du produit en COV mais aussi ses émissions dans l’air une fois appliqué », explique Enora Parent, chargée d’études au pôle qualité sanitaire des bâtiments du Centre d’études techniques de l’équipement (CETE) Nord-Picardie. Vient ensuite le label allemand Ange bleu, avec un seuil maximal de COV fixé à 1 g par litre, mais une exigence moindre en terme d’émissivité : « Un produit qui contient aussi peu de COV a de grandes chances d’en émettre peu aussi, mais ce n’est pas toujours le cas », rappelle Enora Parent, auteur d’un récent rapport interne sur ces labels. Assez loin derrière, on trouve l’Écolabel européen et la norme NF Environnement de l’AFNOR, deux labels écologiques à peu près équivalents, fixant le seuil maximal de COV à 15 g par litre. « Sur ce plan, ils ne sont pas beaucoup plus restrictifs que la réglementation appliquée aux peintures conventionnelles, d’autre part il s’agit de la teneur dans le pot, pas des émissions là non plus », souligne Enora Parent. Leurs vrais plus : comme chez Ange bleu, l’absence de métaux lourds et une teneur en formaldéhyde fixée à 15 mg par litre, soit 10 parties par million (ppm) – 20 ppm chez Nature Plus. À savoir : ces écolabels peuvent tout à fait admettre des matériaux issus de la pétrochimie (essence minérale, isoparaffine ou iso-aliphate…). On peut leur rattacher le label nordique Cygne blanc, dont les critères sont similaires. 

En résumé : pour des peintures vraiment naturelles, on se tourne vers les deux premiers cités (on trouve des produits Ange bleu chez le hard-discounter Lidl). On peut se contenter des écolabels (plus faciles à trouver dans le commerce), mais à la condition de regarder de près la composition. Dernière solution : opter pour des peintures à la fois éco-certifiées et classées en A ou A+ par le nouvel étiquetage sanitaire portant sur l’émissivité des produits (obligatoire depuis le 1er janvier 2012). Certaines associations ou marques ont aussi créé leur garantie, c’est le cas pour le logo Pure, présent sur les produits de la marque Tassili, ou encore pour celui du magazine allemand Öko-Test.

Quelles marques ?

Sans être exhaustifs, on donne notre bénédiction écologique (si ce n’est sanitaire) à Akterre, Allbäck, Aquamarijm, Auro, Aurora Naturfarve, Biofa, Biopin, Biorox, Zolpan, Ecofa, Eco Viva, Galtane, Granital, Keim, Kreidezeit (en vente dans le réseau Biocoop via le distributeur Écodis), Leinos, Levis, Livos, Masan, Mauler, Natura, Naturhaus, Nature & Harmonie, Olterre, Peinture de Falun, Tassili, Termat, Tierrafino, Ultranature ou encore Volvox. Attention, les labels sont variés : on fait le tri selon son niveau d’exigence.

Quelles couleurs ?

La palette de teintes, d’effets, de transparence et de brillance est aussi large qu’en conventionnel, quoiqu’un peu moins riche en couleurs vives. Comme pour les peintures synthétiques, le résultat dépend aussi du mode d’application (éponge, pinceau, rouleau, chiffon…). Le plus simple est de choisir un pot de peinture colorée prête à l’usage, mais on peut aussi acheter de la peinture blanche comme base et y ajouter un ou plusieurs pigments, dosés en fonction de la nuance souhaitée.

Quelle peinture ?

Sur un mur exposé à l’humidité (salles d’eau, usage extérieur), seulement des peintures à l’huile de lin. Pour le reste de la maison, n’importe laquelle, voire un simple enduit, à base de chaux ou d’argile. « Autant il est difficile de s’assurer d’une qualité écologique avec les peintures, autant on est sûr d’utiliser du bio avec ces enduits, dont la composition est beaucoup plus simple », explique Lyne Segers, du magasin Les Philippines, à Wasquehal.

Son conseil : opter pour de l’argile en poudre à mélanger soi-même car les produits tout prêts peuvent contenir des conservateurs. Côté résultat, le mur se patine plus vite ; en contrepartie, l’argile, comme sur la peau en usage cosmétique, est un efficace purifiant de l’atmosphère. « Elle est antibactérienne, antiacariens, régule à merveille l’humidité et les odeurs et, en cas d’infiltration dans votre mur, empêche la formation de moisissures. »

De manière générale, sachez que les peintures minérales (liants à base d’argile ou de craie) sont beaucoup moins propices au développement fongique et microbien que les peintures à base de composants organiques. Attention à celles à la caséine, qui dégagent de l’ammoniaque lorsqu’elles sont soumises à l’humidité (à éviter à tout prix dans les pièces moites).

Quel prix ?

Les peintures naturelles sont 10 à 15 % plus chères (environ 18 € le litre selon le magazine 60 millions de consommateurs) que les conventionnelles de milieu de gamme, mais elles affichent un rendement supérieur. Pour un pot de peinture blanc mat bio, il faut compter en moyenne 100 € les 10 litres, de quoi couvrir 70 à 80 m2 en deux couches, soit l’équivalent d’une pièce de 10 m2 avec 2,5 m de hauteur sous plafond. Si l’on est forcé de choisir pour cause de budget serré, on donnera la priorité à la salle de bains et aux chambres, notamment à celles des enfants, plus sensibles aux émanations toxiques. Ils pourront y dormir le soir même sans être incommodés par les odeurs et les vapeurs de solvants.

Et la technique ?

La préparation du mur est la même que pour une peinture traditionnelle. S’il s’agit de recouvrir une peinture existante, il faut casser la brillance en ponçant légèrement l’ancienne couche. En cas de changement de couleur radical, du jaune sur du bleu marine par exemple, une couche préalable d’impression n’est pas superflue. Enfin si l’on peint sur de la chaux, son pouvoir absorbant est tel qu’il faudra doubler la quantité de peinture. On doit généralement attendre 24 heures de séchage (contre 3 ou 4 heures avec une peinture acrylique) avant de passer la seconde couche. Côté précautions, le bio ne dispense pas de
ventiler et d’aérer les pièces
 jusqu’à séchage complet, voire pendant plusieurs jours, afin de limiter le contact avec certaines
 molécules allergisantes : terpènes, colophane, essence de térébenthine…

« Naturel ne signifie pas inoffensif », rappelle le CETE Nord-Picardie.

À faire soi-même : peinture à la chaux.

Antibactérienne, la peinture à la chaux régule aussi l’humidité. Dans 1 litre de lait écrémé, ajoutez 250 g de chaux éteinte (au rayon matériaux de construction), 800 à 900 g de blanc de Meudon (craie naturelle broyée finement, disponible en magasins de bricolage, au rayon ciment, en paquet de 1,5 ou 5 kg), et 1/4 à 1/3 de litre d’huile de lin. Mélangez au fouet ou au batteur électrique. On obtient une préparation onctueuse, qui « fait ruban ». Diluez 50 g d’ocre rouge ou tout autre pigment naturel dans un peu d’eau et versez dans le mélange. La peinture est prête. Elle s’applique avec un pinceau large, en trois couches espacées d’environ six heures.

 

En savoir plus

« Peintures naturelles »
dans le n° 57 de La Maison écologique, 5,50 €.
www.la-maison-ecologique.com

• Guide « Peintures »
du CD2E (Loos-en-Gohelle) téléchargeable
sur www.cd2e.com

• Stage « Créer ses
peintures écolo »

de l’association Savoir-faire et Découverte, le 16 juin à Roubaix, 98 €,
www.lesavoirfaire.fr


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