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Histoire du bio : 3 questions à Claude Aubert

Histoire du bio : 3 questions à Claude Aubert

 Bio Info : Quels sont vos premiers souvenirs du bio ?

Claude Aubert : J’ai travaillé pendant trois ans pour une société d’étude en Afrique, jusqu’à ce que j’entende parler du bio, en 1965, juste après la naissance de Nature & Progrès. Les agriculteurs bio n’étaient qu’une poignée en France. J’ai donc commencé par un tour de l’Europe. D’un côté, il y avait l’Angleterre où était né le mouvement organique, et de l’autre, l’Allemagne et la Suisse, où s’était implantée la pensée biodynamiste. Les deux mouvements utilisaient le compost, refusaient les engrais et les pesticides. Quant aux biodynamistes, ils avaient établi un calendrier naturel et des pratiques spécifiques. Étant agronome et dans une optique rationnelle, je restais sceptique. Certaines méthodes ont d’ailleurs été infirmées par l’expérience scientifique. Mais il faut admettre que la biodynamie est fondée sur des pratiques empiriques et qu’elle marche. Dès lors, il fallait crédibiliser le mouvement bio et convaincre les agronomes. C’est pourquoi j’ai publié en 1970 « L’agriculture biologique, comment et pourquoi la pratiquer », qui combinait expérimentation et données scientifiques. Ce livre a été ma contribution au mouvement et, sans fausse modestie, a été un succès auprès des agronomes.

BI : Quels étaient les premiers acteurs du bio en France ?

C. A. : Il y avait alors deux courants principaux, Nature & Progrès, qui voulait rester indépendant, et Lemaire-Boucher, qui était commercial. Le Paysan biologiste, organisation bretonne fondée par Georges Racineux, en était assez proche. Les relations entre ces deux mouvements étaient alors tendues. Lemaire-Boucher s’était bâti une réputation à partir du pain Lemaire, déjà produit avant-guerre. Ils vendaient des fertilisants à base de lithothamne, une algue calcaire. Sur des sols acides, cela marchait bien, mais moins sur les sols calcaires.

De mon côté, conseiller les paysans rapportait peu, et à la fin des années soixante, j’ai été employé par des meuniers bio pour trouver des agriculteurs capables de produire pour eux. J’ai fait la même chose pour le Comté bio dans le Doubs. J’ai ensuite fondé l’association des conseillers indépendants en agriculture biologique (ACAB), que j’ai quittée pour créer Terre vivante. Comme l’ACAB ne pouvait conseiller et contrôler en même temps, elle se scinda et donna naissance au label Écocert.

BI : Y a-t-il eu pour vous un événement déterminant dans l’évolution du bio en France ?

C. A. : Non, pas à mon avis. Le mouvement s’est crédibilisé très progressivement. Le bio permettait de cultiver avec des rendements corrects et sans dommage. Au début, à l’école d’agronomie, ils nous prenaient pour des fous. Pourtant, les bons résultats étaient là, tandis que les effets négatifs de l’agriculture conventionnelle, environnementaux et sanitaires, se sont affirmés eux aussi. Ce sont ces deux mouvements qui ont conduit à imposer le bio, même si ce marché reste encore marginal.

(Photo www.bjorg.fr)

À lire : Claude Aubert sur le site des éditions Terre Vivante

 

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