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Interview : Jacques Monin raconte les pionniers de la bio

Interview : Jacques Monin raconte les pionniers de la bio

Bio  Info : Vous êtes l’un des premiers acteurs du bio en France et vous avez participé à l’essor du mouvement à ses origines. Quel a été votre déclic ?
Jacques Monin : Je suis petit-fils et fils d’agriculteur. Ce métier était pour moi une vocation et j’ai toujours été en lien avec le monde agricole. J’ai été initié à l’agriculture biologique par Raoul Lemaire, qui était persuadé de pouvoir remplacer les engrais chimiques par des équivalents non polluants.En 1959, des paysans bretons commençaient à fertiliser leurs champs avec des algues, ce qui empêchait les animaux de succomber à la fièvre aphteuse. Le modèle chimique n’était pas incontournable. Cette prise de conscience s’accentua lors de la révolte des paysans des Monts du Lyonnais, en 1963, qui refusaient d’abattre leurs troupeaux soupçonnés de succomber à la tuberculose.

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Les méfaits de l’agriculture industrielle commencèrent alors à se voir, et nous avions les moyens d’y parer. Il fallait faire prendre conscience aux agriculteurs qu’ils pouvaient cultiver sans azote et sans potasse, et aux éleveurs qu’ils pouvaient soigner les animaux autrement. Étant devenu technicien bio pour la région Rhône-Alpes, comme Claude Artur, nous avons mis en place des techniques agricoles alternatives : le compost, les engrais verts, la rotation des cultures. Rapidement se sont organisés les premiers marchés bio (Ndlr : celui de Villeneuve-sur-le-Lot créé par Claude Simonet est l'un des tout premiers).

B. I. : Quelles oppositions et quels soutiens avez-vous reçus ?
J. M. Nous avions contre nous tous les officiels, les ingénieurs nationaux qui écrivaient à notre encontre des articles incendiaires dans les revues agricoles. 1970 fut l’année de notre première présence au salon de l’agriculture. Nos concurrents et les instances officielles étaient unanimes : il fallait faire quelque chose pour nous arrêter.
Nos soutiens, c’étaient les paysans­ qui nous faisaient confiance et qui obtenaient d’excellents résultats dans le domaine de l’élevage. En agriculture, ceux-ci tardèrent un peu plus à se manifester. Mais dans l’ensemble, si les rendements du bio étaient moindres, la rentabilité restait supérieure, car les investissements nécessaires étaient plus faibles. Aujourd’hui, c’est l’État lui-même, avec la ferme expérimentale de Mirecourt, qui arrive aux mêmes conclusions que les nôtres.

B. I. : Quels ont été vos compagnons de route ?
J. M. : Les syndicats des agriculteurs bio, dans bien des départements. Les scientifiques aussi, qui dénonçaient les méfaits de l’agrochimie. Louis Kervran, Raoul Lemaire et sa méthode de culture à base de lithothamne, aidé en cela par Jean Boucher, le scientifique de l’équipe.
André Voisin peut être considéré comme le père de l’agrobiologie, pour avoir lutté contre la tétanie d’herbage. Il y avait aussi le docteur vétérinaire Henri Quiquandon, dont un article a fait beaucoup pour notre cause, car il y apparaissait nettement que l’usage des engrais était nocif pour le bétail.

B. I. : Quand est venue la reconnaissance ?
J. M. : En 1974, les agriculteurs bio ont organisé à Grenoble, sous l’égide de Fréjus Michon, un congrès « Le bio, c’est sérieux ». Le président du conseil départemental de l’Isère s’est déplacé pour l’occasion. Cela a été le début du dialogue, qui s’est prolongé jusqu’à la mise en place du logo AB (1985). Quand l’État a commencé à mettre en place des aides pour la conversion à l’agriculture biologique, nous nous sommes dit qu’il nous fallait rester vigilants, certains agriculteurs ayant des convictions moins affirmées et préférant le gain à la qualité. C’est pourquoi en 1993, avec Jacques Artur, nous avons fondé notre association Les pionniers du bio. 

L'association Les Pionniers de l’agriculture biologique a fêté ses 50 ans en 2013. Contact : 81 L’Ove, 69700 Chassagny, 
tél. 06 80 26 70 53 
ou 04 78 48 27 58.

À lire : "50 années au service de l'agriculture biologique !"et "Il y a cent ans..." (un magnifique article de Jean-François Lemaire) sur le site du magazine Biolinéaires

 

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