Les déchets, source d’énergie

PUBLIÉ LE 12 novembre 2012
 

CHANTIERS. Bien des déchets ne sont plus des résidus inutilisables, encombrants voire polluants. Ils sont de plus en plus souvent recyclés ou réutilisés. Certains servent même à fabriquer de l’électricité ou à chauffer des bâtiments.

Il fut un temps pas si lointain où la sciure produite par l’industrie du bois n’était qu’un vulgaire déchet dont personne ou presque ne voulait. Aujourd’hui, on se l’arrache presque ! Elle sert en effet à fabriquer les fameux pellets, ou granulés de bois, que l’on brûle dans un nombre croissant de chaudières et de poêles. Bel exemple d’utilisation écologique de ce qui était auparavant considéré comme un rebut. Depuis, l’utilisation de déchets comme ressource énergétique au même titre que le charbon ou le gaz, est devenue courante à l’échelle internationale. On récupère l’énergie des incinérateurs d’ordures ou encore le méthane dégagé par les décharges pour produire chaleur ou électricité. À Paris, les trois usines d’incinération du Syctom, l’agence métropolitaine des déchets ménagers, valorisent plus de 85 % de la vapeur produite par cogénération (production conjointe de chaleur et d’électricité). La chaleur est vendue à la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), un réseau qui alimente en chauffage l’équivalent de 300 000 logements !

Biogaz fermier

Autre type de valorisation énergétique des déchets, la bio-méthanisation, soit la fabrication de méthane par fermentation de matières organiques humides (fumier, plantes diverses, boues de stations d’épuration…).

Le biogaz obtenu peut servir de combustible et être valorisé dans la production d’électricité et de chaleur. Les installations de bio-méthanisation se multiplient un peu partout, notamment dans les régions rurales. Elles sont une aubaine pour nombre d’agriculteurs qui voient là une façon de rentabiliser des exploitations aujourd’hui sur le fil du rasoir. Les autorités européennes ou nationales fondent de grands espoirs sur cette technique, capable pour une bonne part d’assurer la transition vers les énergies renouvelables. En 2008, l’Association allemande pour le biogaz (German Biogas Association) estimait que 20 % des besoins en gaz naturel de l’Allemagne seraient couverts par le biogaz en 2020, et qu’en 2030 celui-ci remplacerait tout le gaz importé de Russie par l’Allemagne.

D’autres techniques ou d’autres sources d’énergies commencent à voir le jour. Des projets de production de biogaz à partir d’invendus alimentaires en provenance des grandes surfaces sont déjà au point en Belgique.

De l’énergie dans les égouts !

D’autres espèrent tirer parti des tontes effectuées sur le bas-côté des autoroutes, ou encore des feuilles et collets de betteraves et des fanes de pommes de terre ! Plus étonnant, certaines expériences pilotes ont déjà entrepris de récupérer les calories des eaux usées pour produire de la chaleur via une pompe à chaleur. 

Les trois quarts de la chaleur des effluents domestiques (salle de bains, lessives, cuisine, vaisselles…) sont en effet rejetés à l’égout en pure perte. Or la température du réseau d’égouts oscille entre 13 et 20 °C. Des conditions idéales pour approvisionner une pompe à chaleur. Demain, ce n’est plus feu de tout bois que l’on fera, mais de tout déchet ! 

 

À l'échelle de l'UE

Réduire, recycler ou valoriser ?

Selon la Commission européenne, entre 118 et 138 millions de tonnes de biodéchets sont produits chaque année dans l’Union, dont environ 88 millions de tonnes de déchets municipaux (déchets biodégradables de jardin, de cuisine, résidus alimentaires). En moyenne, 40 %, de ces déchets aboutissent en décharge. La valorisation énergétique de ces rebuts a donc encore de beaux jours devant elle, surtout quand on connaît ses avantages : source d’énergie renouvelable (tant que l’on produit des déchets), coût faible, contribution à la réduction de l’effet de serre… Elle n’est cependant pas sans inconvénients, en matière de pollution par exemple (incinérateurs). Elle risque aussi d’inverser la logique environnementale la plus élémentaire qui nous dicte de limiter d’abord le gaspillage ou la production de déchets, ou de favoriser le recyclage des déchets, avant de songer à les incinérer. D. D. 

 

À lire sur notre site : Recyclage des déchets du BTP : des ressources à exploiter

Didier Dillen

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