En croissant, le bio va-t-il perdre son âme ?

PUBLIÉ LE 10 octobre 2016
 

BIO ET GMS. Le bio n’est plus une mode. Ancré dans notre pays, dans notre vie, il vit une croissance sans précédent. À la fin de l’année 2016, il devrait atteindre les 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit un gain d’un milliard d’euros en un an. Le chiffre de 9 milliards est même évoqué en 2020 par le cabinet Xerfi. De quoi attirer le regard de nombreux agriculteurs conventionnels. Et la convoitise des grands supermarchés.

Seul secteur en croissance exponentielle en France sur les dix dernières années, le bio pourrait peser 9 milliards d'euros d'ici 3 ans. Dans les six premiers mois de l’année, 21 nouvelles fermes bio sont nées chaque jour en France. Avec tant d’autres, elles fournissent le marché de la vente directe. Mais pas seulement… Les grandes surfaces profitent également de la manne. « Les GSA (grandes surfaces alimentaires), note le cabinet Xerfi dans une étude publiée en juillet dernier, seront les grandes gagnantes de la vague de démocratisation du bio en France d’ici 2020. Grâce à leur puissance marketing, elles capteront les nouveaux acheteurs dans le vivier des consommateurs occasionnels. »

Picard développe sa gamme bio

Détenant 43 % du marché, les grands distributeurs ont, depuis quelques années, multiplié l’ouverture de magasins bio. Carrefour a créé onze surfaces et Auchan deux. Même Picard s’y met en ambitionnant de développer une gamme de produits biologiques. Cet appel d'air massif des grands magasins n’est pas sans inquiéter les agriculteurs bio. « J’en ai fait l’amère expérience », dit un éleveur dans les Pays de la Loire, « ils sont parfois sans foi ni loi ! »

« Fixer des règles du jeu » avec la grande distribution

Bon nombre d’agriculteurs bio craignent d’être mangés tout cru par la grande distribution... D’être pieds et poings liés, de ne pouvoir répondre à la demande et surtout de perdre leur âme. « L’agriculture doit changer d’échelle sans perdre ses valeurs », prévient Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB). Ronan Le Velly, maître de conférences en sociologie à Montpellier SupAgro ajoute qu'il « faut fixer les règles du jeu à l’avance ». « Peu importent les intentions de chacun, l’essentiel est de mettre en place des relations solides entre distributeurs et agriculteurs, de rendre lisible l’origine des produits, de privilégier les circuits de proximité et de fixer des feuilles de route comprises par tout le monde. »

Face aux inquiétudes, les distributeurs veulent apaiser les craintes. « Cette progression sans limite est une bonne nouvelle. Elle sera gagnant-gagnant pour tout le monde », pense Philippe Bernard, le directeur Partenariat PME et monde agricole de Carrefour. Mais encore faut-il combattre quelques préjugés des consommateurs et des distributeurs. Oui, il faudra respecter la saisonnalité des produits, et non, la grande distribution ne devra plus raisonner de la fourchette à la fourche !

 

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Jean-Christophe Collet

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