École Steiner-Waldorf : se connaître pour mieux apprendre

PUBLIÉ LE 04 septembre 2014
 

REPORTAGE. À Éguilles, en Provence, l’école Steiner des Boutons d’Or a accueilli 70 élèves lors de la rentrée scolaire 2014. Entre les murs d’une villa qui va d’extension en extension, les écoliers se répartissent entre les jardins d’enfants pour les plus jeunes et des classes multiniveaux pour les primaires. Nous l'avons visité.

Derrière le portail du 385 rue Serpentine, un nom au parfum d’Harry Potter, l’école Steiner-Waldorf Les Boutons d’Or résonne des éclats de voix d’un groupe de parents qui bavardent, avant de se disperser et de reprendre le chemin de leur quotidien respectif. Les accents se mêlent dans cette école, où « une partie des élèves qui arrivent ne parlent parfois même pas français », explique Guillemette Maillard, la présidente de l’association Les Boutons d’Or. L’une des composantes de l’établissement est en effet cette mixité des nationalités : ici se côtoient des élèves d’origine péruvienne, espagnole, australienne, américaine, suédoise, allemande, japonaise et française. Un sacré pari à relever pour des pédagogues qui sont tenus d’enseigner l’ensemble du programme de l’Éducation nationale jusqu’à la 5e classe, l’équivalent du CM2 chez Steiner-Waldorf.

Abrités sous les ombrages du jardin, derrière la villa, les plus petits s’égaillent joyeusement entre le bac à sable, la balançoire, les appentis et les arbres, sur lesquels on grimpe jusqu’à une hauteur raisonnable. « Les enfants sont en jeux libres », précise la jardinière d’enfant Évelyne Charlemagne-Albert, qui présente l’espace intérieur et extérieur de son groupe. Deux jardinières – c’est le nom donné aux éducatrices – surveillent chacune leur petite tribu multi-âges, souvent en compagnie d’aspirants en formation Steiner.

Les grands montrent aux petits

La pédagogie Steiner-Waldorf repose sur des cycles de sept ans, les sept premières années étant consacrées à l’épanouissement de l’enfant dans son environnement et à son rapport aux autres. Le mélange des âges atténue la tendance à la compétition. « Les grands sont heureux de montrer aux petits », explique la pédagogue Nathalie Ego, dont la fille Caroline, 4 ans et demi, a acquis autonomie et respect de son rythme. « Lorsqu’elle est fatiguée, Caroline s’assoit cinq minutes, elle est plus à l’écoute d’elle-même », constate-t-elle. Dans les écoles Steiner, tout est fait pour que l’enfant acquière une maturité individuelle, sociale, affective, artistique, corporelle et psychique, sans se préoccuper, pour le moment, de l’écrit et des savoirs abstraits. Cela n’empêche pas d’assister comme dans toutes les cours de récréation à des chamailleries.

L'enfant est accueilli comme une personne unique

Il est manifeste qu’un lien fort unit les jardinières aux enfants. Le credo de la pédagogie Steiner est d’accueillir chaque enfant comme une personne unique, de créer une relation de confiance avec lui pour qu’il découvre, déploie et mette en valeur ses capacités et ses potentialités propres. Et les jeunes élèves sollicitent volontiers l’attention de ces adultes bienveillants à leurs égards.

La réprimande n’est pas de mise, sauf en cas d’absolue nécessité. Elle est remplacée par des rituels qui posent les règles et imposent un cadre. Des chansons, par exemple, viennent clôturer un temps pour en ouvrir un autre. La notion du temps dans l’année est évoquée au travers d’une table des saisons, que les enfants enrichissent en apportant leur pierre à l’édifice, telle une feuille morte à l’automne.

L'eurythmie, une expression artistique et corporelle

Le programme alterne entre des activités libres et orientées par l’art, comme la poésie, la musique, l’aquarelle, mais aussi du tissage, du jardinage, du modelage, des jeux scéniques, des jeux de plein air… Tout ce qui, sur le plan sensoriel et psychique, permet à l’enfant de structurer ses facultés.

L’eurythmie, une expression artistique dans laquelle la musique et les paroles sont exprimées par des mouvements du corps, est une matière phare des écoles Steiner. « L’art du corps avec des mouvements et dans l’espace », résume Nathalie Ego, professeur d’eurythmie et d’anglais dans l’école. « L’eurythmie prépare à l’écriture et soutient les matières, comme la géométrie par exemple », explique cette ancienne comédienne, que le théâtre avait déjà sensibilisée à l’approche. Les plus grands, en primaire, partant d’un thème comme la mythologie indienne, « vont s’inspirer de cette ambiance et exprimer par leurs gestes les tissus qui tourbillonnent, les couleurs que cela leur évoque, et vont créer un poème », détaille Nathalie Ego, dont les bras virevoltent à la manière d’une Shiva dansante.

Une œuvre collective est créée, où les élèves s’impliquent pour réunir corps, tête et sentiment. « On ne dit jamais ‘tu ne fais pas comme nous’. Chaque enfant se rend compte que l’on a besoin de lui et c’est important ! », précise cette ancienne institutrice de l’enseignement public. Et s’il n’y a pas de règles, il y a un programme. « En fin de cours, on pose les choses sur du papier et on revient à soi pour intégrer ce que l’on vient de vivre », poursuit-elle.

Des langues dès le primaire

La mixité culturelle et linguistique de l’établissement implique aussi un apprentissage précoce des langues : « Les enfants apprennent deux langues étrangères dès le CP. Chez nous il s’agit de l’anglais et de l’espagnol », explique la directrice, Monique Rivière-Djebli. Une passerelle qui doit faciliter les échanges entre des élèves aux multiples nationalités.

Dans la salle de classe où le cours de français a laissé place au cours d’anglais, une chanson s’élève. Les enfants prennent un plaisir non dissimulé à discourir avec leur enseignante. D’autant plus facilement que, sur les bancs, quelques élèves manquent déjà à l’appel en cette fin d’année. La classe du CE2 au CM2 est en effet partie étudier la géographie dans le Luberon. L’ambiance est détendue pour les restants. « Mes deux enfants courent tous les matins pour se rendre à l'école », affirme Céline Siewert-Genois, une maman d’origine allemande, qui a elle-même fréquenté les bancs d’une école Steiner berlinoise.

Là-bas, l’école Steiner-Waldorf (soutenue par Porsche et BMW !) aligne des classes de 33 élèves chacune. Les anciens de Steiner ont fait de brillantes carrières, mais c’est la connaissance de soi, « de ses forces et de ses limites », que retient cette ostéopathe. Elle a d’ailleurs laissé le choix de son école à sa fille, qui a fréquenté à la fois les écoles Montessori, une autre méthode alternative d’enseignement, et les classes Steiner. Celle-ci a choisi l’école Steiner afin de mieux exprimer « ce qui est à l’intérieur ». Une avancée dans la vie, où le corps et l’intellect progressent au même pas, où vivre ensemble pousse à l’ouverture et où « on se retrouve tous les dix ans », conclut Céline Siewert-Génois, le sourire aux lèvres. De Steiner, il reste bien plus qu’un souvenir.

 

(Photos ©Émilie de Welle.)

Émilie de Welle

1 commentaire

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Mikael BF
01 sept. , 2016, 15:12
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Les fondements des écoles Steiner-Waldorf sont absolument intéressant.
Maintenant toutes les écoles de formation des enseignants ne sont semble t-il pas au même niveau. Une de mes amies, qui avait choisi de se former à cette pédagogie en région parisienne, a fini par abandonner:
1) une école qui met l'enfant en avant interdit à une mère de pouvoir allaiter son propre enfant au sein de l'école
2) une ignorance, voire un deni total de certains enseignants concernant les énergies subtiles. j'avais oublié de le dire, mon amie est praticienne chamanique connaissant très bien Laurent Huguelit
3) par conséquent une partie des enseignements s'appuient sur des principes éculés qui relèvent plus de la récitation de choses apprises que de choses comprises sur le fond.

Pour une école pour la vie, il faut donc faire très attention à ouvrir le débat sur une école prenant en compte l'évolution du monde tels que Steiner ne l'avait pas décrit.


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